LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

ADA célèbre ce soir ses 25 ans - Retour sur le pionnier de la microfinance au Luxembourg

L’ONG luxembourgeoise ADA (Appui au Développement Autonome) souffle ce soir ses 25 bougies à l’Abbaye de Neumünster avec une série de discussions thématiques organisées dans le cadre de la Semaine européenne de la Microfinance. Cette ONG fondée par Mia Adams est dotée d’un budget de 9 millions d’euros par an, alimenté à 80% par la Direction de la coopération du ministère des Affaires étrangères. Elle emploie 40 personnes au Grand-Duché. En 25 ans, ADA a vu la microfinance se développer dans les pays en développement et au Luxembourg où elle figure parmi les fondateurs de l’institution de microfinance (IMF) Microlux. Rencontre avec sa présidente, Corinne Molitor.

L’ONG ADA a pour objectif de renforcer l’autonomie et les capacités des IMF, des associations professionnelles et des réseaux selon ses statuts. ADA est donc un facilitateur?

CORINNE MOLITOR Oui, c’est un facilitateur et un catalyseur. L’objectif est depuis le début de donner une assistance technique à des IMF et à des réseaux d’IMF pour qu’ils puissent développer leurs activités en toute autonomie, de façon professionnelle et dans les règles de l’art. ADA est vraiment là pour professionnaliser la microfinance et surtout dans les pays cibles de la coopération luxembourgeoise.

En 25 ans, la microfinance a beaucoup évolué puisqu’elle est passée d’une présence dans les pays en développement à une empreinte globale, même au Luxembourg avec Microlux. Pourquoi ADA s’est-elle investie dans cette IMF?

MOLITOR ADA connaît le secteur de la microfinance depuis 25 ans. Dans les pays en voie de développement, c’est différent du Luxembourg mais il y a tout de même des mécanismes et des techniques qui sont les mêmes. Donc, le fait de faire des crédits de faible montant signifie qu’il faut standardiser les processus de demande, d’analyse et d’octroi des crédits un maximum pour ne pas exploser en frais administratifs. Chaque microentrepreneur financé a besoin d’un certain accompagnement: c’est différent des prêts bancaires classiques accordés aux PME où les entrepreneurs sont supposés savoir gérer leur entreprise. Et puis, le fait d’associer ADA avec quelques investisseurs institutionnels avec lesquels on a l’habitude de travailler et le Fonds européen d’investissement, cela donne une certaine stabilité à Microlux. Ceci dit, ADA n’intervient pas du tout dans l’activité de Microlux. On est juste représenté dans le conseil d’administration comme actionnaire-fondateur.

Vous allez intervenir ce soir dans un speech intitulé «Le présent invite le passé». Qu’est-ce que cela veut dire?

MOLITOR Nous faisons témoigner des partenaires historiques d’ADA sur des thématiques clés. A chaque fois, un partenaire du sud et un autre du nord dialoguent sur des thématiques variées qui à la fois touchent à l’historique d’ADA, les tendances du futur et les nouvelles thématiques dans lesquelles ADA s’implique aujourd’hui. Il y a des personnes qui travaillent aujourd’hui pour ADA qui vont discuter avec des représentants de la première heure d’ADA et qui, dans le passé, ont joué un rôle clé dans le développement d’ADA.

La digitalisation de la microfinance, est-ce un atout ou une faiblesse? Car cela implique l’arrivée de nouveaux intermédiaires et donc, de coûts supplémentaires, dans un secteur où les taux pratiqués sont déjà très élevés…

MOLITOR Je pense que c’est avant tout une chance parce qu’on voit que la microfinance est aujourd’hui bien déployée surtout dans les régions urbaines et les zones agricoles facilement accessibles. Par contre, il y a toujours une population qui ne bénéficie pas de la microfinance parce qu’elle habite dans une région trop lointaine ou trop précaire en termes de sécurité. Ces personnes ont néanmoins besoin d’accéder à des services financiers de base. Donc, les technologies digitales peuvent servir à joindre les personnes reculées et aussi à offrir des services à moindres coûts. Je ne pense pas que ça soit un intermédiaire de plus mais c’est une collaboration entre une IMF et une solution de services digitaux- que ça soit par une nouvelle fintech ou par le développement propre d’une activité digitale au sein de l’IMF. Cela va permettre de mieux gérer les risques, mieux adapter le processus d’analyse de crédit et finalement d’offrir des services de finance inclusive à des coûts moindres.

Les entreprises fintech sont-elles des concurrentes aux IMF?

MOLITOR C’est important que les IMF se mettent rapidement à adopter les nouvelles technologies et ne se fassent pas dépasser par des fintech qui offrent ce produit de finance digitale à faible coût mais sans les autres services annexes comme la possibilité d’épargner, des microassurances, un accompagnement personnalisé, etc. Pour les IMF, il s’agit de ne pas rater le train face à des fintech qui n’ont pas toujours que l’impact social en vue, loin de là. Il y a un peu une concurrence mais aussi d’énormes possibilités de partenariat. Il faut juste que les IMF comprennent quelles sont les opportunités et comment les saisir.

Comment voyez-vous la microfinance dans 25 ans?

MOLITOR J’espère qu’elle n’aura plus besoin d’exister. Parce que tout le monde aura accès au système bancaire formel. C’est le but: que la microfinance à un certain moment devienne tout à fait intégrée au système financier classique. 25 ans, c’est loin mais je pense qu’il faut surtout veiller à développer toute la panoplie de services pour les microentrepreneurs: microassurance, microépargne, microtransferts, micro plans de pension, de façon à vraiment répondre aux besoins. Il faudra beaucoup plus se focaliser sur l’impact social. Le prix Nobel d’économie cette année a été décerné à une équipe de chercheurs qui montre que la microfinance n’a pas d’impact social si elle n’est pas accompagnée de la personnalisation des produits aux besoins des bénéficiaires, d’un coaching ainsi que d’un système de gestion et de mesure de l’impact social. Il faut donc suivre l’impact social avec des indicateurs définis.

http.//www.ada-microfinance.org