LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Luxembourg a présenté un plan d’aide ambitieux pour sauver les entreprises

Trois ministres, Finances, Economie et Classes moyennes, sont venus mercredi au secours de l‘économie «réelle» en présentant un plan d’aide aux entreprises à hauteur de 8,8 milliards d’euros, soit 14% du PIB du pays. Malgré les excédents budgétaires, le pays devra faire appel à un emprunt public de 3 milliards d’euros pour faire face à une situation d’une ampleur «sans précédent», a estimé le ministre des Finances Pierre Gramegna. Le Luxembourg s’est assuré d’avoir le feu vert de la Commission européenne pour dérouler son programme. Ainsi le pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne est mis entre parenthèses, ainsi que les règles habituelles de la concurrence pour permettre aux États membres de voler au secours de leurs entreprises.

Trois grandes mesures ont été présentées: le chômage partiel, les aides directes et les aides forfaitaires. Les trois dirigeants ont insisté sur la nécessité d’agir rapidement et sans paperasserie inutile. La loi «minimis» a été retravaillée et sera votée la semaine prochaine, pour un budget de 300 millions d’euros. Le congé pour raisons familiales - pour les parents qui doivent rester à la maison pour garder leurs enfants - sera étendu, pour un budget de 200 millions d’euros, ainsi qu’une indemnité d’urgence certifiée pour les petites structures (TPE) et les indépendants de 5.000 euros, pour un coût total de 50 millions d’euros.

Avec déjà 5.000 demandes de chômage partiel, l’Etat a entamé une course contre la montre pour éviter un maximum de faillites. Le chômage partiel est la mesure la plus coûteuse pour le gouvernement, près d’un milliard d’euros, «très cher mais très précieux», a indiqué le ministre des Finances Pierre Gramegna. Pour le ministre de l’Economie Franz Fayot, c’est la mesure qui va garantir aux employés un revenu, et aux entreprises de surmonter la crise. Si jusque là l’Etat remboursait les entreprises après coup, cette fois il va garantir une avance sur salaire pour l’employeur, via un outil en ligne qui devrait permettre d’accélérer la procédure. «Nous verrons l’effet de ces mesures dans les semaines à venir, et si besoin nous mettrons encore plus de moyens», a rassuré Franz Fayot.

Délais de paiements

En plus des aides directes, le ministre des Finances a indiqué que l’administration fiscale proposera des délais de paiement sur les impôts directs, ainsi les avances d’impôts pour le premier et deuxième trimestre seront mises à zéro si l’activité de l’entreprise est réduite ou à l’arrêt. Même chose pour la TVA et les cotisations sociales, pour des coûts respectifs de 300 millions et 3 millions d’euros. Le tout pour un coût total de 4,550 milliards d’euros.

Des garanties de crédit font également partie du plan d’action du gouvernement. 2,5 milliards d’euros que l’Etat va prendre en charge, avec l’aide des banques: «les banques doivent prendre leurs responsabilités pendant la crise, elles vont assurer un moratoire de six mois aux entreprises», a indiqué Pierre Gramegna. Six banques (BCEE, BGL BNP Paribas, BIL, Raiffeisen, Banque de Luxembourg, ING) se sont en effet engagées avec le gouvernement à soutenir leurs entreprises clientes. L’Etat prendra 85% du risque, les banques 15%, soit un peu plus que ce dont elles sont appelées à couvrir habituellement. La SNCI (Société Nationale de Crédit et d’Investissement) permettra d’offrir une garantie de 600 millions d’euros pour les entreprises, ainsi qu’un cautionnement à hauteur de 10 millions d’euros.

Le ministre des Classes moyennes Lex Delles a insisté quant à lui sur les aides pour les PME, «simples et rapides». Il a également lancé un appel aux propriétaires de locaux commerciaux en demandant de trouver un arrangement pour «reporter les loyers». Il s’est particulièrement adressé aux TPE et aux indépendants qui bénéficient d’une aide forfaitaire de 5.000 euros pour ceux qui ne peuvent plus exercer: les coiffeurs, restaurateurs, peintre en bâtiment etc. «Les TPE sont les plus vulnérables», a martelé le ministre en rappelant que les formulaires sont accessibles sur guichet.lu et qu’ils ont même temporairement renoncé à la certification Luxtrust pour accélérer les démarches. «Les entreprises seront payées dans la quinzaine qui suit», assure le ministre, pour les petites structures d’un chiffres d’affaires d’au moins 15.000 euros par an. Un régime d’aides pour difficultés financières sera également mis en place: une subvention à rembourser dans les douze mois qui suit, qui couvrira le coût du loyer ainsi que du personnel ou 2,5 fois le salaire minimum pour les indépendants. Le ministre de la sécurité sociale planche actuellement sur la situation particulière des kinésithérapeutes qui ont dû fermer leur cabinet et qui se sont portés volontaires comme personnel de santé dans la lutte contre le Coronavirus.