LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’AIIB se réunit au Luxembourg en juillet, ses dirigeants étaient de passage jeudi à Belval

Entre Luxembourg et la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), c’est une histoire d’amour. Quand l’AIIB s’est créée il y a trois ans, la première du genre, le Grand-Duché a été le premier pays occidental à la rejoindre, a rappelé jeudi le ministre des Finances Pierre Gramegna. Retour d’ascenseur cette année avec la tenue de l’assemblée annuelle de l’AIIB au Grand-Duché les 12 et 13 juillet, la première du genre dans un pays non asiatique

«J’étais là au lancement en 2016, et depuis l’AIIB a fait un travail remarquable, rapide et efficace. Ce qui va financer les banques à l’avenir, ce ne sera plus l’argent, mais les data. Le data, c’est le nouveau carburant de la place financière», estime Pierre Gramegna. Pour ce dernier, la connectivité aujourd’hui est liée à la manière de communiquer: les services IT et les technologies ne sont pas les seules réponses. «A la fin, il y a toujours un être humain. Le but est de préserver notre planète, mais aussi de garder nos valeurs, savoir pourquoi on fait les choses», précise le ministre.

Pour le vice-président de l’AIIB, Sir Danny Alexander, la vocation de la banque avec la protection du climat vont de pair: «Nous voulons aider nos membres à adopter une politique plus durable. L’AIIB a été créée seulement quelques semaines après la signature des accords de Paris, nous y sommes très attachés».

Répondre aux demandes d’infrastructures digitales financières

Le but de cette réunion annuelle est de regrouper tout le monde pour discuter de la stratégie de la banque et engager avec la communauté des banques et des entreprises. Et de mieux faire connaître les activités de l’AIIB. «C’est aussi une opportunité de montrer aux Européens qui nous ont soutenu de voir ce que l’on fait, notre but est de mieux nous comprendre et d’intensifier nos liens».

Parmi les projets de l’AIIB, la grande thématique abordée cette été sera liée aux difficultés de répondre aux demandes d’infrastructures digitales financières. «Les besoins sont énormes. Il y a l’offre et la demande, mais aussi les aides gouvernementales. Aujourd’hui il y a d’autres voies. Couvrir le monde avec une meilleure connectivité est difficile au niveau mondial. Les partenariats public-privé sont une partie de la réponse, mais pour séduire les acteurs privés, encore faut-il qu’ils montrent de l’intérêt. Des organisations comme l’AIIB peuvent aider. Le secteur privé peut aussi s’en occuper, par exemple avec les smartphones, ils ont réussi à créer la demande d’un objet que tout le monde s’arrache. Croire au marché est toujours une partie de la réponse», explique Pierre Gramegna. Du côté de l’AIIB, Sir Danny Alexander estime que «les projets d’infrastructure sont en général très importants et les Etats sont impliqués. Il s’agit de créer des voies, comme les autouroutes de l’information qui sont un bien public. Et cela s’établit sur le long terme, quelque chose que n’aime pas trop le monde financier. C’est là que des groupes comme l’AIIB peuvent intervenir pour garantir des financements sur le long terme».

Nasir Zubairi, CEO du LHoFT qui abrite une partie de l’écosystème Fintech luxembourgeois, nuance le propros: «Le ratio retour sur investissement n’est pas aussi transparent que l’on aimerait, car il s’agit de prédire l’avenir. On découvre aujourd’hui que la 4G a été surestimée et que la rentabilité n’a pas été aussi importante que prévu, ce qui fait que tout le monde est si prudent avec la 5G aujourd’hui. Les partenariats privé-public ont tendance à marcher plus efficacement».

Les patients qui se prennent aujourd’hui pour des médecins

Emma Schymanski, professeur en biomédecine, travaille sur les outils de demain en matière de santé digitale. «De plus en plus de gens commencent à porter des outils qui mesurent leur santé, comme le Fitbit. Nous travaillons aussi sur des senseurs pour baskets qui permettraient de prendre un tas de mesures sur la façon de marcher etc. Cela devrait être plus facile de dresser un diagnostic et de permettre aux patients de rester en bonne santé». Si les outils de mesure sont un plus pour les professionnels de santé, le problème c’est que ce sont les patients qui se prennent aujourd’hui pour des médecins en allant s’auto-diagnostiquer sur internet: «Le problème c’est que les patients s’informent eux-mêmes et challengent les médecins avec toutes les informations qu’ils ont pu glaner sur internet».

Dans tous les cas, c’est la 5G qui est sur toutes les lèvres. Là encore, Nasir Zubairi tempère: «Cela devrait aider pour l’internet des objets, mais c’est encore de la théorie. On a besoin d’investissements, et c’est aux opérateurs privés d’investir, et ils posent beaucoup de questions car le retour sur investissement n’est pas évident».

Pour Pierre Gramegna, c’est sûr, le Luxembourg ne peut pas se permettre de rater le virage de la 5G: «Même si le coût de l’infrastructure est plus grand pour un petit pays comme Luxembourg, nous devons nous y mettre. C’était un peu la même chose avec SES Astra. Comme nous étions petits, on a lancé des satellites plus petits, plus près de la Terre, donc moins chers. A l’époque on nous a dit que si c’était possible, quelqu’un d’autre l’aurait fait. L’histoire nous a prouvé le contraire. Nous allons donc investir mais tout en étant prudents».