LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Rencontre avec Ophélie Mathieu, unique traileuse du Luxembourg à avoir bouclé l’UTMB

Deux jours et deux nuits en pleine montagne pour boucler 177 km, avec 10.000 mètres de dénivelés positifs à travers la France, la Suisse et l’Italie: Ophélie Mathieu l’a fait. Cette traileuse basée au Luxembourg a bouclé le 1er septembre l’Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB), une course autour du massif du Mont-Blanc de renommée internationale. «C’est un peu le graal quand on fait du trail», une sorte de «must have», explique-t-elle. Des coureurs viennent des quatre coins de la planète pour tenter de relever ce défi, à l’image d’Ophélie Mathieu qui figurait parmi les quatre participants représentant le Luxembourg lors de cette édition.

Les trois autres, trois messieurs, ont tous échoué: deux ont abandonné en cours de route et un ne s’est pas présenté au départ. «Je ne le savais pas, vous me l’avez appris», dit la pétillante quadragénaire originaire de Haute-Savoie. Installée depuis trois ans au Grand-Duché, elle est chef de projet au sein d’un promoteur immobilier.

De la course à pied au trail

La course à pied, cela fait 20 ans qu’elle la pratique. «Un sport adaptable», souligne Ophélie Mathieu qui précise qu’il suffit d’une tenue adéquate et ce sport peut être pratiqué aisément partout entre les heures de travail. Il y a dix ans, en pleine course, la Française croise un homme avec des bâtons aux mains. Intriguée, elle veut en savoir davantage. Elle découvre alors le trail, cette course à pied qui se caractérise par un trajet en milieu naturel et sur des longues distances.

Elle mord à l’hameçon et commence à évoluer dans cette discipline. 38 km, 85 km puis 119 km: les trails deviennent de plus en plus longs et la coureuse accumule les points, obligatoires pour s’inscrire à l’UTMB. Ils sont plus de 5.000 à envoyer leur candidature chaque année pour 2.300 places. La candidate n’est finalement pas tirée au sort en 2018 mais un an plus tard. Cela lui laisse le temps de poursuivre sa préparation pour cette course, la plus longue de sa vie.

Tout au long des 45 heures d’effort, trois de ses proches apportent à Ophélie de la nourriture et des vêtements dans les points de relais, à tout le moins ceux accessibles en voiture. «Bien sûr il faut une bonne condition physique, mais la différence se fait sur le mental, il compte selon moi pour 90% de la course», affirme la traileuse. Ses proches? «C’est ma raison d’arrivée au point de relais, ça me remonte le moral», affirme-t-elle. Et puis vient l’arrivée, le 1er septembre dans l’après-midi à Chamonix. Une ambiance digne du Tour de France, «un moment d’émotion indescriptible», se souvient Ophélie. Impossible pour elle de retenir ses larmes après un tel parcours. «Quand on traverse cette ligne d’arrivée, on est tous gagnants. J’ai le sentiment d’avoir gagné».

Envies d’ailleurs

«Je ne suis jamais allée chercher aussi loin dans moi-même», évoque celle qui finit 55ème de sa catégorie et 122ème au classement des dames en 45 heures 24 minutes et 22 secondes. «Physiquement, contre toute attente, je n’avais pas de courbature, j’étais juste très fatiguée», se souvient la traileuse.

Après tout cela, Ophélie Mathieu n’est pas prête de raccrocher ses baskets et ses bâtons. Un deuxième UTMB? «A l’instant même de la course, on se dit “jamais”. A l’arrivée, on se dit “peut-être”. Et aujourd’hui, j’hésite», dit-elle en souriant. Si cette course est réputée dans le monde du trail, la participante regrette l’absence d’échanges avec les autres coureurs lors de l’UTMB. «On passe parfois à côté de zombies, des gens qui dorment par terre ou d’autres qui vomissent sur le côté». La traileuse est consciente que d’autres compétitions valent le coup d’être concourues. «Deux nuits passées à courir, je me dis que ce n’est pas forcément mon truc. C’est une expérience intéressante mais je m’orienterai davantage vers des courses réparties sur cinq ou six jours comme le Marathon des Sables avec un certain nombre de kilomètres à atteindre par jour».

Ophélie Mathieu peut en tout cas compter sur le soutien de ses proches pour ses prochaines compétitions, et espère pouvoir susciter des vocations. «Tout est faisable dans la vie, quel que soit son niveau», souligne-t-elle. L’entraînement couplé à un mental d’acier et une détermination à toute épreuve, voilà la formule gagnante de la traileuse.