LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La genèse de la fédération patronale se raconte dans un livre de l’historien Charles Barthel

L’année 2018 se termine et pour la Fedil, elle marque le centenaire de sa création. Après une grande fête organisée en janvier, son président Nicolas Buck a dévoilé hier la touche finale de cette célébration: la parution d’un livre dédié à la naissance de l’organisation ou plutôt, au contexte dans lequel elle a pris racine.

Car si à la base l’idée était de publier un livre sur son fondateur Paul Wurth, l’historien luxembourgeois Charles Barthel a proposé d’écrire «sur cette période trouble de 1918 à 1923 où tout va changer au Luxembourg: les rapports sociaux, les rapports politiques», évoque Nicolas Buck.

«Je n’ai pas réussi à identifier la date de naissance exacte de la Fedil», admet l’historien qui explique: «Les débuts de la Fedil - il y a une centaine d’années - sont tout sauf une histoire sans accrocs facile à suivre».

Entre la chute des libéraux et la montée de la droite catholique, l’incertitude quant au futur régime douanier et l’effervescence prolétarienne, les patrons luxembourgeois commencent à s’inquiéter.

«L’industrie lourde perd sa tribune privilégiée pour défendre ses intérêts professionnels», note Charles Barthel.

Des barons du fer aux patrons de PME

C’est au cours de trois réunions tenues dans le Café Jentgen que Paul Wurth réunit ses troupes entre la fin 1918 et juin 1920, au moment de l’adoption des statuts de la Fedil.

L’historien note que l’avènement de cette fédération patronale est tardive au Luxembourg, par rapport aux pays voisins. «Il est dans la nature des choses que les industriels soient d’ordinaire des individualistes impénitents», commente l’auteur. En fait, le climat socio-économique de l’époque est plutôt calme avec un paternalisme patronal répandu et la présence du Luxembourg dans l’union douanière du Zollverein.

Mais les débats entourant l’introduction de la journée de travail de huit heures et les premières élections législatives démocratiques en 1919 changent la donne. Le patronat n’a à l’époque pas la possibilité de faire entendre sa voix: le besoin d’une organisation représentative devient pressant.

«C’est vraiment une histoire captivante, qui est très bien écrite», commente Nicolas Buck. Félicitant Charles Barthel, il ajoute: «Ce qui est intéressant, c’est qu’il va se mettre à la place de ses protagonistes: il va presque penser pour eux et interpréter leur stratégie».

Et la présentation du livre mercredi soir a plongé les invités, réunis à la Chambre de Commerce, dans un cours d’histoire magistral où l’auteur a littéralement plongé l’audience dans le contexte de l’époque, marqué par les tensions entre d’un côté les barons du fer et les patrons des PME de l’autre.

Et à Nicolas Buck de conclure: «Quand on dit que le Luxembourg n’est pas un pays d’entrepreneurs, je dis qu’il suffit d’aller dans l’histoire du 19ème siècle pour en puiser». Le message est lancé.

Charles Barthel, «Tous les défis du monde - L’émergence de la Fedil dans la tourmente de l’après-Première Guerre mondiale», 160 pages, 39 euros.