CLAUDE KARGER

Près de 100.000 frontaliers français aujourd‘hui, 135.000 en 2030 - et autant de pression supplémentaire sur les réseaux ferroviaire et routier: évidemment que la problématique du transport transfrontalier fut un point central mardi lors du séminaire intergouvernemental franco-luxembourgeois dans le contexte de la visite d‘Etat du Grand-Duc à Paris.

L‘engorgement des voies de communication est déjà telle aujourd’hui que l‘urgence est de mise depuis belle lurette pour trouver des solutions durables. Les partenaires se sont en fin de compte concertés à Paris pour investir de concert et à parts égales 220 millions d‘euros d’ici 2028 dans la modernisation du domaine ferroviaire, y compris la construction et l’extension de nouveaux «Park&Ride» dans le Grand Est ainsi que 20 millions dans la promotion d‘une politique de mobilité durable, dont la promotion du covoiturage.

Du soutien fort et ciblé donc sur des projets très concrets, surtout dans les transports en commun, dont le caractère essentiel est ainsi encore davantage souligné. Evidemment que l‘offre de connexions et de places devra être renforcée de manière conséquente, mais encore le confort des voyageurs qui sont des centaines tous les matins à faire entendre sur Twitter et d‘autres canaux leurs doléances quant à la qualité du matériel roulant et le manque d‘information et d’organisation de la part de la SNCF, agitée par ailleurs par des mouvements de grève récurrents. Rebelote d‘ailleurs pour ce fléau aujourd‘hui et demain... Mais là, la solution doit être trouvée à un autre niveau. 240 millions d‘investissements pour des projets très concrets dans la mobilité dans le Grand Est: ce n‘est pas rien et il faut y ajouter les efforts en cours des deux côtés de la frontière, mais aussi les efforts futurs dans les transport, car l‘accord trouvé n‘est certainement pas l‘aboutissement des discussions quasi quotidiennes entre autorités luxembourgeoises et françaises. Et tout le monde est d‘accord que les efforts de collaboration - voire de «co-développement», comme le souhaitent des élus du Grand Est - entre les deux territoires vont bien au-delà da la question des transports. Tout le monde est d‘accord aussi que les voies de décision françaises, dont beaucoup remontent évidemment à Paris, méritent encore davantage de simplification et d’accélération et que la concertation politique dans ce nouveau Grand Est - dont le président Jean Rottner fut d’ailleurs invité au séminaire intergouvernemental mardi - doit encore être affinée. Mais les dossiers avancent et l‘accord franco-luxembourgeois sur la mobilité est une bonne chose. Et pourtant, des voix se sont élevées dès mardi pour clamer leur déception face à la soi-disant insuffisance de l‘enveloppe consentie. Des voix dont certaines pensent qu’un retour sur l’impôt prélevé par le Grand-Duché sur le revenu des frontaliers français serait la panacée pour résoudre pas mal de problèmes en Lorraine - mais est-ce bien ainsi et l‘argent servirait-t-il vraiement à améliorer la qualité de vie des Lorrains? Il y a même des voix qui accusent de «populisme électoral» le gouvernement luxembourgeois réticent à s‘engager dans de telles négociations et qui vont jusqu‘à lui reprocher de financer des solutions passant à côté des réalités. Mais quoi de plus réaliste que de porter ensemble des projets très concrets?