LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La BCE s’apprête à réduire son taux directeur - Coup d’oeil sur les conséquences

Des deux côtés de l’Atlantique, le tableau est identique: les autorités tentent d’insuffler un vent de reprise sur l’économie. Leur méthode? Brader les taux directeurs. Ainsi depuis décembre 2008, la Fed affiche un taux compris entre 0 et 0,25%. De ce côté-ci de l’Atlantique, la Banque centrale européenne maintient un taux plancher de 0,75% depuis juillet 2012.

Et la tendance n’est pas prête de s’arrêter, que du contraire. Les rumeurs vont en effet bon train sur l’agenda des deux institutions financière, cette semaine. Mercredi, la Fed est attendue au tournant, et beaucoup d’observateurs parient sur un maintien de son taux directeur, mais aussi sur la réitération de son engagement à faire tourner la planche à billets, avec 85 milliards de dollars frais chaque mois.

Plus bas que 0,75%?

Du côté européen, c’est jeudi que la BCE pourrait faire une annonce, attendue par certains analystes. Le taux directeur pourrait être à nouveau abaissé, suite au recul de l’activité privée et à la chute surprise de la confiance des entrepreneurs allemands. Le taux directeur européen se rapprocherait donc davantage de l’américain, mais avec quelles conséquences?

On le sait, l’impact le plus direct de cette mesure pour la population résulte sur le rendement l’épargne. Les banques ne cessent d’abaisser leurs taux, au point qu’il en devient négatif, comparé à l’inflation. Mais celle-ci a tendance à se calmer depuis août 2012. Le mois dernier, elle s’élevait à 1,7% en zone euro, soit une chute annuelle de près de 40%. Dès lors, la probable nouvelle baisse des rendements des livrets pourrait être moins douloureuse pour l’épargnant.

Booster la consommation, mais…

Abaisser le taux directeur, c’est aussi encourager le recours aux crédits. Aux États-Unis en tout cas, on mise beaucoup sur la consommation pour booster l’économie. Crédits immobiliers mais aussi prêts à la consommation, tous les moyens sont bons. En Europe par contre, la sévérité des critères d’octroi des prêts dans certains pays combinée à la crainte des épargnants rend la situation toute différente. En effet, les ménages pensent crise donc, serrage de ceinture. Par conséquents, les volumes d’épargne ont tendance à croître, sous le poids de la peur. Celle-ci est alors amplifiée par les rendements faibles, qui confortent donc les épargnants dans leur démarche. Dès lors, la nouvelle baisse du taux directeur de la BCE pourrait aussi pousser un peu plus une partie de l’Europe dans la crainte.

Impact pour les banques

À l’inverse, les pays fort endettés voient une baisse des taux d’un bon œil, tant elle permet de réduire le poids de leur passif. À ce niveau, impossible de ne pas penser à l’Italie, la Grèce ou encore, l’Espagne. Quant au Luxembourg, le ratio de la dette sur le PIB reste limité. Par contre, le pays pourrait subir une conséquence négative de la probable manœuvre de la BCE. Qui dit baisse des taux dit en effet impact sur les bénéfices des banques. Celles-ci réalisent une partie de leurs gains sur l’écart entre le taux pratiqué sur l’emprunt des clients créditeurs et celui payé aux épargnants. Dès lors, l’orage dans lequel le secteur est actuellement plongé pourrait se transformer en tempête.