LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Yann Tiersen a régalé la Philharmonie de deux concerts samedi

Sa renommée est telle, que Yann Tiersen a fait salle comble en quelques heures à peine. La Philharmonie, en partenariat avec la Rockhal, ont décidé d’ajouter une séance, c’est pourquoi l’artiste breton s’est produit à 16.00, puis 20.00 samedi à la Philharmonie. Et pour la séance de «matinée», la salle était quasi pleine. Manifestement, le succès de la bande-originale des films «Amélie Poulain» et «Goodbye Lenin» a joué.

Mais c’est pour présenter son nouvel album, «All», que Yann Tiersen était là samedi. La note explicative fournie est pour le moins intéressante. Il ne s’agit pas du tout de langue anglaise, mais de breton, langue parlée sur Ouessant, l’île où l’artiste a posé ses valises il y a 15 ans.

Yann et les autres

On apprend donc que «All» signifie «Autres». Plus tard, on ne sera donc pas surpris de ne pas comprendre les morceaux chantés, pourtant il ne s’agit pas de breton cette fois, mais de féroïen! L’artiste s’est associé à Anna Von Hausswolff et Ólavur Jákupsson, avec qui il collabore et tourne depuis 2008 dans divers festivals.

Mais c’est seul que Yann Tiersen arrive en scène. Il commence par deux morceaux au piano, instrument de prédilection qu’il maîtrise parfaitement, dont un issu de la bande originale d’Amélie Poulain. Puis ses musiciens arrivent sur scène, il nous les a présenté auparavant. Peu bavard, les spectateurs sont presque gênés d’applaudir entre les morceaux pour ne pas nuire à la fluidité du set. Outre les instruments live, c’est un véritable voyage que propose Yann Tiersen, et la nature est omniprésente. D’abord par des vidéos diffusées sur un écran géant derrière la scène: l’océan tumultueux, rochers et autres paysages filmés en hauteur, comme si la musique jouée était la bande-son de ces tableaux naturels.

Le musicien enregistre principalement sur son île bretonne, mais il n’hésite pas non plus à voyager: dans le Devon en Angleterre, au Tempelhof à Berlin sur le site de l’ancien aéroport où la nature a repris ses droits, mais aussi en Californie. A chaque fois pour enregistrer les bruits de la nature. Les chants de mouettes et de divers oiseaux rythment ainsi la musique jouée, principalement au piano pour des parties relaxantes. Peu de rythmiques, mis à part un espèce de grand xylophone métallique vertical, où les musiciens tapent minutieusement avec un marteau. Les spectateurs sont véritablement transportés.

Musique et écologie dans ses spectacles

Comme dit plus haut, le Breton n’est pas très bavard. Pourtant il se fend d’une explication pour relater dans quelles conditions s’est fait son enregistrement en Californie. Il s’agissait d’aller chercher des ambiances de la nature, car l’artiste a été marqué par un séjour l’année précédente. Un long voyage en vélo «au milieu de nulle part». Il est finalement pourchassé par une bête sauvage, et doit pédaler de peur pendant près de six heures sans s’arrêter! Il reviendra donc l’année suivante pour enregistrer des bruits de nature, une véritable obsession sur cet album.

On apprend également dans la note explicative que ses séjours dans le Devon ont été marqués par le Schumacher College, l’une des premières institutions au monde pour l’étude de l’écologie située au milieu d’une des rares forêts de séquoia d’Angleterre. Le musicien a tellement été marqué qu’il a invité le Docteur Stephan Harding de l’institut pour donner une conférence sur l’écologie en première partie de son spectacle au Royal Albert Hall de Londres en 2017. Plutôt inhabituel pour un musicien, mais Yann Tiersen a décidé de mêler musique et écologie dans ses spectacles, et le résultat est pour le moins harmonieux.

A l’aise avec tous les instruments

Les morceaux s’enchaînent, ils font la part belle au nouvel album, mais Yann Tiersen régale aussi son public avec quelques pépites de ses anciens albums.

Avec neuf opus au compteur, c’est quasi deux heures de spectacle qu’il propose, et le public est ravi. Le musicien joue de tous les instruments sur son album, et c’est la même chose sur scène, il est à l’aise partout. Seul au piano, seul au violon, la magie opère. Pour cet album aux accents de relaxation au milieu de la nature, on oubliera les guitares et autres accents rock qu’il aura pu prendre sur des albums précédents. Même son fameux accordéon ne sera utilisé que sur un seul ancien morceau. Il rate d’ailleurs sa transition piano/accordéon et blâme son «nouveau tabouret». Après ce petit accroc qu’on lui pardonne bien volontiers, il reprend de nouveau la fin du morceau, main gauche sur l’accordéon, main droite au piano, impressionnant!