LUXEMBOURGCLAUDE KARGER

Dr. Sébastien Faye, collaborateur scientifique à l’Université du Luxembourg,

Le marché des «wearables», ces appareils que nous portons près du corps et qui collectent des données sur le nombre de pas que nous faisons dans la journée, sur notre état de santé, voire sur la qualité de notre sommeil, est en plein «boom». D’après une étude du cabinet de recherche IDC, le nombre d’appareils vendus dans le monde (montres connectées, traqueurs d’activité, lunettes intelligentes, vêtements «smart»), est passé de 22,7 en 2014 à près de 102 millions cette année. Un chiffre qui serait doublé d’ici 2020. Dr. Sébastien Faye, collaborateur scientifique au sein du groupe de recherche Secan-Lab (dirigé par le Prof. Dr. Thomas Engel, Université du Luxembourg), s’intéresse plus particulièrement à l’évaluation des données que produisent ces instruments. Entretien sur l’avenir des «wearables» et sur leurs champs d’utilisation.

M. Faye, parmi les types de «wearables» qui inondent le marché, quels sont les plus prometteurs ?

Sébastien Faye: Ce sont les appareils qui vous suivent quotidiennement, notamment ceux qui se portent facilement, discrètement et qui sont faciles d’entretien - par exemple des traqueurs d’activités ou montres connectées. Ce sont aussi ceux que l’utilisateur juge le plus utile pour répondre à ses besoins et objectifs, qui peuvent être liés par exemple au sport, à sa santé ou globalement à son activité.

Vous l’avez dit, le marché est inondé d’appareils connectés pour les utilisations les plus diverses, s’intégrant des pieds à la tête. Je pense que de nombreux constructeurs sortent en ce moment des panoplies de modèles pour évaluer ce qui marche auprès des utilisateurs et il est fort probable que de nombreuses personnes achètent des «wearables» par curiosité d’abord. Mais les appareils en soi sont une chose. Le plus intéressant réside en l’exploitation des données qu’ils produisent et l’utilisation de ces données pour faciliter la vie de l’utilisateur final.

Concrètement, pourriez-vous donner un exemple d’une telle exploitation utile?

Sébastien Faye: Prenons l’exemple d’un utilisateur se déplaçant dans une grande ville. Les logiciels intégrés à son «wearable» se basent sur un ensemble de capteurs afin de détecter automatiquement le mode de transport de l’utilisateur, en reconnaissant sa vitesse de déplacement et le changement de sa situation géographique. Sur base de ces informations, une montre connectée peut fournir à son utilisateur automatiquement des indications, par exemple sur les distances et meilleurs modes de déplacement pour atteindre sa destination. S’il choisit ensuite de prendre le transport en commun, l’appareil connecté pourrait payer automatiquement un nouveau ticket… Mais cela présuppose des solutions logicielles de plus en plus intelligentes pour évaluer et croiser différentes sources d’informations. Il y a là un champ de recherche énorme pour étudier toutes les dynamiques liées à ces processus.

Qu’en est-il des lunettes connectées? Des produits comme «Google glass» n’ont jamais percé…

Sébastien Faye: Au-delà de la discussion sur la protection des données autour de ces lunettes, elles n’ont pas décollé parce qu’il n’y avait à l’époque que très peu d’applications concrètes pour ces appareils. C’est en train de changer. Je participe moi-même au projet de recherche européen eGlasses, où notre but est notamment de développer un prototype de lunettes connectées modulaire, intégrant des outils capables de comprendre, au moins partiellement, le comportement humain. Ceci, en reconnaissant et en analysant automatiquement les activités humaines et certains environnements parcourus par un utilisateur. Ce type de solution pourrait par exemple être utilisé par des personnes atteintes d’Alzheimer, en leur rappelant automatiquement des évènements, personnes et lieux passés. Mais les champs d’application d’une telle solution sont très vastes.

Il y a donc énormément de recherche en la matière. Pouvons-nous nous attendre à des innovations révolutionnaires ?

Sébastien Faye: Depuis le lancement de l’iPhone en 2007, la recherche autour des systèmes mobiles et l’utilisation des données qu’ils produisent a énormément progressé. Beaucoup de matériel est déjà disponible et il existe des solutions logicielles intelligentes de plus en plus performantes pour exploiter les données. Je pense que l’innovation à venir dans les années futures viendra de ces ressources logicielles, qui sont un fondement de base obligatoire pour attirer et faire participer de nouveaux utilisateurs. Le monde de la recherche exploite énormément cet aspect, par l’intermédiaire par exemple de systèmes de récolte et d’analyse de données, tels que la solution open-source SWIPE que nous avons récemment développé pour Android. Quoi qu’apporte le futur, je ne doute pas que les «wearables» vont faire encore plus partie de notre quotidien dans les années à venir.

LA PERSONNE

Qui est Sébastien Faye?

Sébastien Faye a obtenu son Doctorat à «Telecom ParisTech» (Paris, France) en 2014. Après avoir complété son Master à l’Université de Picardie Jules Verne (Laboratoire MIS, Amiens, France), le chercheur a effectué des études sur les réseaux de capteurs sans fil et leurs mécanismes de sécurités. Pendant sa thèse, il a étudié la manière dont ces systèmes distribués pouvaient gérer des systèmes de transport intelligents, notamment au travers de leur déploiement et de leur performance sur une application concrète: la gestion des feux de circulation. Depuis 2014, il est collaborateur scientifique à l’Université du Luxembourg (SnT). Ses intérêts de recherche sont plus particulièrement les réseaux de capteurs sans fil, l’informatique mobile et les systèmes de transport intelligents.