LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Innovateurs du sud et investisseurs du nord ont beaucoup à s’apporter, souligne Ada

Ces deux-là ne se connaissent pas mais des atomes crochus ont vite émergé. D’un côté, Bamboo Capital Partners: un fonds luxembourgeois spécialisé dans le private equity qui cible les pays à l’économie émergente. De l’autre côté, Qotto: une start-up africaine qui commercialise des kits d’énergie solaire en échange d’un microcrédit. Leur rencontre a eu lieu jeudi, autour de l’ONG Ada, à l’occasion de son Midi de la microfinance placé sous le signe de l’investissement, de l’inclusion et de l’innovation.

Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation ou encore de l’énergie et des services: les start-up ont des solutions innovantes à proposer aux personnes vivant dans des pays en développement. Reste à trouver le soutien financier nécessaire à la concrétisation de leur projet.

«Aujourd’hui, pour 100 euros, vous pouvez devenir actionnaire de Qotto», argumente son co-fondateur et président, Jean-Baptiste Lenoir. Depuis 2016, sa jeune pousse commercialise des kits comprenant un panneau photovoltaïque, un boitier, des batteries et quelques ampoules pour apporter l’électricité dans les foyers installés dans des zones rurales. 10.000 d’entre eux bénéficient déjà de cette solution facturée 1.000 euros environ. Un budget conséquent, que la start-up propose de financer sur trois ans grâce à un microcrédit. Les utilisateurs peuvent aussi revendre l’électricité produite à leurs voisins par exemple. Le service est proposé en «pay as you go»: le paiement se fait grâce au téléphone portable au fur et à mesure de la consommation. Le fournisseur peut aussi désactiver le dispositif en cas de non-paiement. «C’est un système abordable même pour des familles plus modestes», souligne le président de Qotto.

Gare au risque devenir «des dinosaures du système financier»

Bamboo Capital Partners est connu pour être l’un des plus grands fonds d’investissement d’impact avec près de 400 millions d’euros de dollars et un portefeuille d’entreprises dans plus de 30 pays. Son fondateur et associé-gérant Jean-Philippe de Schrevel en est convaincu: «Sur base du rendement ajusté au risque, c’est tout à fait compétitif» d’investir dans des projets à impact social. Son fonds est spécialisé dans l’énergie, les soins de santé et les services financiers. «Aujourd’hui, les clients des banques exigent du sens dans leurs investissements. S’ils n’y répondent pas, ils deviendront des dinosaures du système financier», pointe le responsable. Il observe aussi une pression plus forte sur l’argent public pour se montrer efficace et la nécessité d’impliquer le secteur privé pour atteindre les objectifs de développement durable. «Il n’y a plus d’excuse: le secteur privé, s’il refuse d’investir dans ce type de produits, c’est qu’il n’a pas envie», soutient Jean-Philippe de Schrevel.

Reste à susciter le déclic chez certains. Jean-Baptiste Lenoir l’a bien compris et invite des acteurs de la finance à se rendre sur le terrain, au Bénin et au Burkina Faso, et à découvrir les enjeux et l’impact concret de leur investissement. «L’effet est tel que la question n’est plus de savoir s’ils investissent ni combien mais à quelle vitesse peut-on l’accélérer?», dit-il.

«Je trouve que le secteur privé est encore frileux alors qu’il n’y a plus d’excuse», déplore Jean-Philippe de Schrevel. Son fonds a déjà investi dans sept sociétés similaires à Qotto et les deux intervenants se sont proposés de garder le contact après la conférence de jeudi.

Aujourd’hui, 1 milliard de personnes vivent sans électricité et 80% de ces individus résident en zone rurale. Le besoin en solutions permettant d’améliorer leur quotidien est bien réel, tout comme celui de capitaux privés. Les besoins en investissement dans les pays en développement sont estimés à quelque 2,6 milliards de dollars par an.


www.ada-microfinance.org