CHAMBLEY
JEAN PIERRE CPUR

Rencontre avec l’aéronaute au Mondial Air Ballons

Selon Bertrand Piccard, nous gaspillons 50 % d’énergie de trop alors que nous avons déjà les solutions. L’un des deux pilotes de l’avion qui a fait 18.000 km grâce à des batteries solaires, Solar Impulse II, Bertrand Piccard, suit en Lorraine depuis ses débuts le Mondial Air Ballon initié par Philippe Buron-Pilâtre sur l’ancienne base aérienne américaine de Chambley, non loin du lac de Madine, appelée aujourd’hui Chambley-Planet’Air.

Interrogé par nos soins, il nous dévoile à cette occasion sa satisfaction pour ce vol historique avec une machine propulsée par des panneaux solaire qui marque déjà à ce jour un record mondial même si elle n’a pu boucler son tour du monde.

Considérez-vous ce vol avec Solar Impulse II comme un demi-succès ou un demi-échec?

Bertrand Piccard Cette expérience n’est pas arrêtée ni finie puisque la seconde partie de ce tour du monde est repoussée à l’année prochaine et nous poursuivrons notre tour du monde avec le second pilote de Solar Impulse II, André Borschberg. Nous avons abimé nos batteries au lithium. En fait, nous les avons trop protégées contre le froid craignant qu’elles ne soient pas, pendant la nuit, à leur pleine capacité. Cela a finalement abimé les moteurs. Et on ne peut pas prendre le risque de voler avec des dommages irréversibles qui peuvent ensuite mettre fin à l’avion. Mais la première partie de ce tour du monde fut exceptionnelle ne serait-ce que parce que nous avons démontré que cet avion pouvait voler sans carburant sur des durées très longues, cinq jours d’affilée. Il faut savoir qu’au jour d’aujourd’hui, l’avion monoplace qui a volé le plus longtemps au monde est un avion sans carburant! Et c’est Solar Impulse II propulsé à l’énergie solaire! Ceci en rechargeant ses batteries pendant la journée et en pouvant voler la nuit.

Finalement, ce concept d’avion solaire reste dépendant de batteries pas assez performantes?

Piccard Ce concept de départ était considéré par beaucoup comme un rêve complètement fou d’un avion qui vole sans carburant. Il est aujourd’hui une réalité totale après cette première partie de tour du monde. Maintenant, si on veut développer le vol d’avions à énergie électrique, il faudra réinventer le concept de batterie, changer complètement les paradigmes. Comme passer de la bougie aux ampoules électriques. Il faut à présent des batteries quatre fois plus denses que les nôtres. L’électrique a un avenir. La preuve, les batteries ont un rendement de 97 % alors qu’un moteur thermique n’a un rendement que de 25 % face à l’énergie engagée.

Malgré tout, l’avion électrique solaire est encore un objet de laboratoire, le poids est toujours ultraléger, les batteries pas encore au point… Il y a visiblement encore beaucoup à inventer?

Piccard C’est vrai et l’inventeur de ces futures batteries se fera une place mondiale dans l’industrie. Aujourd’hui, nous savons déjà que 50 % de l’énergie dans le monde est gaspillée car on manque de technique. Et pourtant, dans le même temps, nous avons déjà les solutions pour économiser également ces 50 % d’énergie dans le monde : batteries, lampes à leds, maisons auto-suffisantes etc. C’est fabuleux! Pour autant, c’est vrai que je suis extrêmement heureux d’avoir pu prouver que c’était possible même si je suis un peu déçu de ne pas avoir pu continuer dans la foulée.

Aujourd’hui, vous êtes à Chambley, au Mondial Air Ballons. C’est l’amour du vol, du «plus léger que l’air»?

Piccard Je suis pilote de montgolfière et de ballon avant d’avoir été pilote d’avion. Après mon tour du monde en ballon à gaz, j’adore toujours cette activité et plus spécialement à Chambley. J’adore cet esprit que Philippe Buron-Pilâtre a su donner à la manifestation.

Verra-t-on un jour votre avion, Solar Impulse II à Chambley?

Piccard J’en doute car c’est un avion tout de même assez fragile. C’est un avion qui à une envergure plus importante qu’un Boeing 747 Jumbo mais beaucoup plus léger puisqu’il fait le poids d’une voiture familiale, mais il est très sensible aux turbulences du vent et Chambley est un plateau où il y en a pas mal.