METZ
JEAN-PIERRE COUR

Les éleveurs et producteurs de lait de Lorraine et du Grand-Duché sont solidaires des actions en France

Des animaux qui coûtent plus chers à produire et vendus à perte; le prix du lait qui s’effondre face au lait venu d’Europe de l’Est; les céréaliers qui n’arrivent plus à équilibrer leur budget… Voilà les éléments qui engendrent la fronde du monde agricole en Lorraine comme en France et qui éveillent des inquiétudes similaires au Grand-Duché. Ainsi, la représentation agricole Baueren-Allianz, à Clemency au Luxembourg, marque son soutien aux agriculteurs français. Dans un communiqué, ce mouvement agricole confirme: «Le prix des produits agricoles baisse continuellement». Le prix du lait a baissé de 10 centimes par rapport à 2014 générant une perte de trois millions d’euros. La même chose est valable pour les autres productions. Si l’on compare les prix du lait dans les supermarchés depuis 1995, il se vendait 0,74 euro et est aujourd’hui vendu à 1,32 euro soit une hausse de 78%; la viande de porc voit une hausse de 38% à 6,53 euros et est passée, pour sa part à 8,89 euros. Les œufs ont augmenté de 112% et les pommes de terre de 93%. La guerre des prix entre discounters se poursuit sur le dos des paysans. Les frais de production agricole, par contre, s’envolent. Aujourd’hui, la situation des paysans luxembourgeois est devenue, elle aussi, précaire. Le boycott de pays en situation de conflit n’arrange pas les choses. S’ajoute à cette guerre des prix la sécheresse qui oblige les éleveurs à acheter du fourrage supplémentaire». Du coup, les paysans luxembourgeois, selon ce syndicat, attendent du gouvernement grand-ducal que ce dernier, à l’instar de la France, prenne une position claire en faveur des paysans avec un plan d’urgence adéquat. Le gouvernement français a d’ailleurs débloqué hier plus de 600 millions d’euros pour son plan d’urgence en faveur des éleveurs, alors que la tension persistait et que des barrages paralysaient toujours de nombreux axes routiers.

Chaises musicales

En Lorraine, déjà en juin dernier, à l’initiative des jeunes agriculteurs, une vingtaine d’abattoirs avaient été bloqué dans toute la France par les éleveurs bovins. Dans le Grand-Est, les sites visés étaient Metz, Verdun, Mirecourt et Vitry-le-François. Même les Alsaciens se sont mobilisés aux côté des Lorrains.

Aujourd’hui, Stéphane Le Foll, actuel ministre de l’Agriculture, botte en touche accusant son prédécesseur… qui lui-même accuse l’Europe de tous les maux. Bref, chacun bat sa coulpe sur la poitrine de celui qui le suit. Le fait est que depuis les changements au niveau de la PAC (politique agricole commune), la filière agricole tenue artificiellement à bout de bras par l’Europe a du mal à s’adapter. Pourtant, aucune autre branche professionnelle n’avait été soutenue comme celle-ci en Europe.

Isolement

Selon Damien Luc, référent régional à la Chambre d’agriculture de Lorraine, il existe une spécificité lorraine qui permettait jusque là à la filière de se maintenir mieux qu’en France. En effet, la particularité lorraine est que les cultivateurs ont plusieurs cordes à leur arc. Ils pratiquent majoritairement la polyculture ainsi que l’élevage de différentes espèces (ovine, bovine, porcine etc).

Ceci leur permettant de jouer sur les deux tableaux - l’élevage d’un côté et l’agriculture de l’autre - histoire d’équilibrer les balances de production et donc, les rentrées financières.

Il ajoute: «Avec le boycott de certains de nos produits à l’étranger, la situation financière des filières s’aggrave. Il faut compter aussi sur le sentiment des agriculteurs d’être pressurés par les lois européennes et nationales».

L’isolement structurel des agriculteurs-éleveurs se pose aussi, ce dernier relevant d’une sorte de tradition historique liée au monde agricole. Ainsi, il n’existe que de très rares contacts entre éleveurs français, luxembourgeois et sarrois et il n’existe à ce jour pratiquement aucune action commune au sein de la Grande Région transfrontalière.

Y en a marre!

Sur le terrain, ce que nous dit Sylvain Bauchot, éleveur dans la Meuse, est plus radical: «Les manifestation qui se passent aujourd’hui dans l’ouest de la France viennent d’une situation que nous vivons aussi ici. Si les choses ne se débloquent pas, ça va être chaud. Nous sommes prêts à des actions de force s’il le faut. Il y en à marre de se faire pressurer par les abattoirs et les grandes surfaces. S’ils veulent que l’on bloque la France, c’est facile avec nos engins. On est tous endettés jusqu’au cou et les hommes politiques ne font rien. Moi je vous prédis une rentrée qui sera chaude si rien ne se fait. Nous ne sommes pas des bêtes de somme!».