WINDHOF
CATHERINE KURZAWA

Aucune ressource ne se perd dans le bâtiment SolarWind

C’est en pleine campagne, à quelques kilomètres seulement de la frontière belge que le bâtiment SolarWind est sorti de terre, en 2012. Cet immeuble de bureaux n’est pas comme les autres. Ici, un mur végétal jouxte une façade ornée de panneaux photovoltaïques. L’eau de pluie est collectée pour les sanitaires et sur le toit, trois éoliennes produisent une partie de l’électricité tandis que des panneaux solaires combinés thermiques et photovoltaïques assurent 70% de la production d’eau chaude de l’immeuble. En hiver, une centrale biomasse contribue aussi à la tâche et son mode de fonctionnement est particulier: «La biomasse est alimentée par notre voisin qui apporte des palettes de bois», explique Romain Poulles. Sur le toit, le co-concepteur du bâtiment a installé trois ruches entourées de plantes aromatiques. «Nous produisons environ 70 kilos de miel par an», assure-t-il fièrement.

Un immeuble énergétiquement autonome, voilà l’objectif atteint de l’investisseur immobilier. «Auparavant, on l’avait déjà fait pour de petites constructions. Ici, on l’a fait pour une grande de 10.000 m²». À l’intérieur du bâtiment enveloppé dans de multiples couches d’isolants, on retrouve tout le confort moderne avec une touche verte. La moquette est recyclable et est dotée d’une fibre qui lie les particules fines à sa surface. «Les nouveaux bâtiments sont de plus en plus hermétiques», reconnaît Romain Poulles. Et pour éviter de devoir trop chauffer ou trop refroidir l’immeuble, il importe de le tempérer. Outre un système de puits canadiens qui exploite la température constante du sol, 98 forages géothermiques sont reliés à des pompes à chaleur qui chauffent en hiver et rafraîchissent l’air en été. «Notre but est de réduire la consommation sans pour autant diminuer le confort».

Analyser pour réguler

Visiblement, la recette attire puisque 95% des surfaces disponibles ont trouvé un locataire. Un peu moins de 20 entreprises sont installées au SolarWind avec une particularité: elles ne paient pas de charges communes pour l’approvisionnement énergétique. Leurs seules factures d’électricité concernent leurs propres appareils et passent par une centrale d’achats en énergie verte. Et pour réduire davantage la note, un «Smart analyzer» a été installé. L’appareil mesure et détaille toutes les consommations de l’ensemble des occupants. «Une fois qu’on mesure, on peut changer le comportement», assure Romain Poulles. Sur un écran, les courbes s’affichent: si l’informatique représente la moitié de la consommation électrique privative, sa part était plus élevée auparavant.

Mais en convaincant les occupants d’éteindre leurs ordinateurs les weekends, l’effet s’est directement fait ressentir sur les graphiques. Quant aux distributeurs de boissons, leur part est passée de 15% à 7% de l’énergie consommée. Ces «frigos mal isolés» ont vu simplement leur température remonter de 7°c à 9°c.

Economies contagieuses

Des «Smart Analyzers» ont aussi été installés dans d’autres sociétés de l’EcoParc Windhof, dans lequel se trouve le SolarWind. «On a pu réduire de 20% à 25% la consommation moyenne du parc des bâtiments faisant partie de l’EcoParc», se félicite Romain Poulles. Aujourd’hui, l’ensemble s’étend sur 40 ha avec 150 sociétés actives dans des secteurs qui vont de l’informatique à la distribution, en passant par l’artisanat et les services dédiés aux 2.000 salariés du site comme des crèches, des restaurants et des salles de sport. En préparant la construction, l’investisseur immobilier a interrogé ses voisins au sujet de leurs attentes en infrastructures dans la zone. Au fur et à mesure, une véritable dynamique est née avec des manifestations et des initiatives communes. «Les autorités locales y voient aussi un avantage parce qu’elles ont des interlocuteurs qui leurs apportent un retour des utilisateurs». Des études internes ont permis de mettre en place une deuxième voie d’accès et de sortie au parc, sans oublier des incitants à la mobilité douce comme des voitures partagées et une meilleure desserte des bus.

C’est sans doute là le point faible du SolarWind: bien que le bâtiment soit énergétiquement autonome, il faut dépenser des ressources pour y accéder. Néanmoins, le concept est parfaitement reproductible où que ce soit, y compris donc en milieu urbain. La triple certification énergétique de l’édifice est un argument de poids, mais il n’est pas le seul. «Cela ne coûte pas forcément plus cher à construire, surtout dans une perspective de durée de vie», assure Romain Poulles. «Ici, le surinvestissement lié au développement durable est de l’ordre de 3% mais est neutralisé par la compensation». Par exemple, sur la façade ornée de panneaux photovoltaïques, ceux-ci font aussi office de protection solaire. Le tout s’intègre dans un environnement inspiré de la philosophie Cradle to Cradle. Son but? Faire en sorte que l’avantage collectif soit supérieur à la somme des avantages individuels. Avec une foule de facilités a priori onéreuses pour une seule PME mais mutualisées au sein de l’EcoParc, il semble que le pari soit réussi.

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