LUXEMBOURG
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Handicap International lance une nouvelle campagne contre l’horreur de la guerre

Dans le droit international, les opérations militaires doivent répondre à trois principes: la distinction entre les cibles militaires et civiles, le principe de précaution et la proportionnalité des moyens employés. Or, sur de multiples terrains d‘opération dans le monde, ces principes sont systématiquement violés, ont constaté les responsables de l‘organisation Handicap International Luxembourg (HI-Lux) lors d‘une conférence de presse hier. «Les civils sont systématiquement pris pour cible», a déclaré Martin Lagneau, le directeur de HI-Lux lors de présentation de la campagne «Bombarder des civils, ce n‘est pas la guerre, c‘est un crime».

A la suite des bombardements d‘une ampleur inégalée que la ville syrienne d‘Alep a essuyée dernièrement, refroidissant encore les relations entre la Russie, soutien du régime d‘Assad et les pays de l‘OTAN, des Ministres des Affaires Etrangères ont d‘ailleurs ouvertement parlé de «crimes de guerre». Mais il n‘y aurait pas que la Syrie qui serait touchée. Martin Lagneau a parlé d‘une quinzaine de conflits dans le monde dans lesquels les principes cités plus haut seraient violés au quotidien: Yémen, Niger, corne de l‘Afrique, Ukraine... Les experts de HI-Lux ont illustré le potentiel de destruction énorme des roquettes et bombes utilisées en Syrie. «Voilà des clips de deux minutes», a c ommenté Lagneau, «il faut imaginer que les citoyens d‘Alep doivent endurer cela pendant des jours et des nuits».

Au-delà des bombes conventionnelles, l‘utilisation de bombes à sous-munitions a été avérée à 76 reprises en Syrie, selon les indications de HI-Lux. Alors que la convention d‘Oslo interdit ces engins à fragmentation qui n‘explosent pas au contact du sol mais largent des centaines de petites mines sur une zone déterminée. Un danger mortel pour tous ceux qui s‘y aventurent. Handicap International estime qu‘il faudrait près de 30 ans pour dépolluer la Syrie d‘explosifs si le conflit s‘arrêtait demain. Au delà des ravages provoqués par les attaques aériennes, les zones touchées restent ainsi contaminées pendant des années, empêchant la reconstruction de villages ou de villes. C‘est toujours surtout la population civile qui doit en porter les frais. En Syrie, après plus de cinq ans de guerre civile, les blessures sont profondes. Des centaines de milliers de morts, des millions de déplacés et encore plus d‘individus blessés dans leur chair et dans leur âme et qui ont perdu toutes leurs ressources.

«En Syrie, un enfant de cinq ans aujourd‘hui n‘aura connu que la guerre», a mis en relief Maëlle Pelletier, coordinatrice du programme Nord-Syrie de Handicap International. En rajoutant que la destruction d‘infrastructures dans ce pays se poursuit au quotidien et que le nombre de professionnels de santé se réduit constamment. Dans l‘Est d‘Alep, où vivent 300.000 personnes, il ne subsisteraient ainsi aujourd‘hui que six lits pour soins intensifs. Une situation invivable à laquelle seul la paix peut remédier. Elle semble toujours loin, très loin.


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