LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Des entrepreneuses ont distillé leurs conseils lors d’une table ronde

Une table ronde était organisée mardi soir dans les locaux d’EY sur la thématique de «la femme dans l’entrepreneuriat». Le Founder Institute (FI), organisateur de l’événement, né en 2009, se concentre sur les créateurs d’entreprises: «Entre 2011 et 2018 nous sommes passés de 16 à 32% de femmes fondatrices d’entreprises, c’est le double et c’est le résultat de nos efforts», estime Anna Radulovski, représentante de FI pour le Luxembourg.

Avec seulement 16,7% de femmes spécialisées dans le secteur IT en Europe, et 10% au Grand-Duché, cela pose plusieurs problèmes. Celui de la diversité dans les équipes, ainsi que le potentiel de femmes qualifiées en ICT qui pourraient répondre à la demande. Quelque 700.000 professionnels du digital sont actuellement recherchés en Europe. Plusieurs initiatives se multiplient pour inciter les jeunes femmes et les femmes à se mettre à la programmation: Wide, Coding Girls. Bref, le Luxembourg tente de rattraper le retard.

Les participantes de la table ronde, toutes des entrepreneuses, ont fait part de leur témoignage et de leurs conseils à un public essentiellement féminin, dont certaines étaient venues en vue de trouver de l’inspiration et des conseils pour créer leur propre entreprise. En commençant par les obstacles sur la route des femmes qui voudraient se lancer: «Un manque de compétences techniques, les responsabilités familiales et le fait que les femmes ne visent généralement pas très haut», estime Marina Andrieu, fondatrice de Wide (Women in Digital Empowerment). Son organisme propose des programmes d’accompagnement de femmes dans le processus de lancement de leur propre entreprise. Récemment, Wide a reçu quelques 50 dossiers, dont 12 projets retenus au final. Les autres participantes acquiescent, les femmes ont tendance à viser des activités «en plus» ou sans trop de risques, sur leurs fonds propres. Contrairement aux hommes qui ont plus tendance à prendre tous les risques.

«Mon compte en banque était bien rempli,mais moi je me sentais vide à l’intérieur»

Gaëlle Haag a plaqué sa vie confortable de consultante pour monter sa start-up dédiée à la finance pour les femmes, Startalers: «Mon compte en banque était bien rempli, mais moi je me sentais vide à l’intérieur». L’entrepreneuse pense qu’il faut assumer ses choix, et s’y tenir: «Je crois que même si c’est difficile d’être rangée dans le club des mauvaises mères, parce qu’on passe beaucoup de temps à travailler, il ne faut pas se leurrer, c’est un choix à faire. Mais que l’on soit homme ou femme, les responsabilités familiales sont là. Les hommes qui ont leur entreprise ont bien souvent une femme qui les soutienne sur le plan privé, et bien cela doit être la même chose pour les femmes, il faut un partenaire qui les soutienne».

Larissa Best, fondatrice du Lban (Luxembourg Business Angel Network) et de la plateforme Equilibre, ne peut qu’abonder dans ce sens: «Il faut être super organisée, être entrepreneur, c’est être accro au travail. On veut changer le monde, alors on ne s’arrête jamais de travailler. Par contre, je tiens à rappeler que 75% des entrepreneurs ne sont pas issus du milieu de la tech au Luxembourg, coder ne fait donc pas tout, même si les qualités techniques sont de plus en plus demandées».

Avoir plus de femmes entrepreneuses, c’est aussi le potentiel d’avoir plus de femmes dirigeantes qui vont apporter de la diversité dans les entreprises. Larissa Best travaille justement à promouvoir la diversité au travail, un bénéfice pour tous les acteurs: «Dans une équipe, si tout le monde a le même parcours, la même éducation, ces personnes seront en compétition les unes envers les autres au lieu de travailler ensemble pour avancer. Il ne s’agit pas seulement du genre, mais des personnes avec des qualifications différentes ne se sentiront pas menacées par des collègues, au contraire. Avec cette perspective en tête, les entreprises ont tout à y gagner»