LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Luc Frieden voudrait serrer la vis fiscale avec les entreprises - Un pari osé?

À quel jeu joue Luc Frieden? Voilà la question sur toutes les lèvres des acteurs économiques du Grand-Duché, après les propos du ministre des Finances relayés par le «Financial Times» dans son édition de mardi: «Le Luxembourg est à l’aise avec l’idée de partager des informations sur les multinationales comme pour les particuliers.» Le transfert des informations prévu pour les particuliers dès 2015 a été acté par le Premier ministre dans son discours sur l’état de la nation, le 10 avril dernier. La levée du secret bancaire n’est-elle pas déjà instaurée qu’elle serait déjà étendue? Interpellant.

Une analyse plus poussée des propos du ministre s’impose. Et là, une phrase marque quant au partage des données: «Nous encourageons vivement tous les pays qui veulent aller plus loin.» Alors, le Luxembourg compte-t-il ouvrir la danse ou bien plutôt laisser les autres s’aventurer pour, peut-être, les rejoindre plus tard ?

Deux dossiers différents

Le responsable a ensuite tenté de clarifier la situation avec un communiqué relativisant les propos émis dans le quotidien anglophone. Luc Frieden y distingue clairement les dossiers de la lutte contre l’évasion fiscale et celui de la taxation des multinationales. Pour ce qui est du premier cas, le responsable souligne que l’échange des données ne s’appliquera qu’aux particuliers. Cependant, «des discussions sur l’extension du champ d’application de cette directive sont toujours en cours et visent à inclure d’autres instruments comme les fiduciaires.» Bref, il n’y aurait rien de neuf, à en croire le responsable.

Quant à la taxation des multinationales, le ministre des Finances rappelle le projet BEPS présenté en juin dernier au sommet du G20. Littéralement érosion de l’assiette fiscale et transfert de bénéfice, BEPS vise à promouvoir la lutte contre les stratégies de planification fiscale des multinationales, qui par de savantes tractations échappent à de lourds impôts. «Insistant sur l’importance de maintenir les avantages des activités et investissements transfrontaliers, le Luxembourg contribuera aux discussions sur le BEPS», annonce le ministre dans son communiqué.

Chers IDE

Les regards se tournent dès lors vers les entreprises qui assurent «l’après Place financière» au Grand-Duché, à savoir les poids lourds d’Internet que sont Amazon, Skype ou encore iTunes. Ceux-ci n’ont pas choisi le pays par hasard. La TVA à 3% (condamnée, elle aussi) était un argument, mais pas le seul. Aussi, ces firmes jouent pour beaucoup dans l’apport de capitaux étrangers. Les chiffres de l’OCDE (voir aussi «Lëtzebuerger Journal» du 30/04/2013) montrent que le Luxembourg est particulièrement bien positionné en matière d’investissements directs étrangers (IDE), avec 2.279 milliards de dollars en 2012, mais seulement 122 milliards investis dans l’économie. Bref, le retour sur investissement pour le pays s’avère peu intéressant. De là à resserrer la vis au niveau de la taxation, il n’y a qu’un pas.

Une partie de poker?

Reste à voir si ces propos se concrétiseront d’une manière ou l’autre ou bien resteront-ils générateurs d’une nouvelle coulée d’encre au Luxembourg. Le ministre Frieden est réputé pour ses déclarations fortes. Mais dans le même temps, ne jouerait-il pas une partie de poker? En ouvrant la porte d’un partage des informations bancaires pour les entreprises, il encourage aussi les autres pays à faire de même. Alors, Luc Frieden mène-t-il la partie ou bien au contraire, compte-t-il entrer dans le jeu a posteriori? Pour l’instant, mystère.