LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Des ventes en hausse en 2018 mais un coup de frein se profile avec la hausse le mois prochain des accises sur le diesel, s’inquiète le Groupement Pétrolier Luxembourgeois

L’année 2018 a été exceptionnelle pour le Groupement Pétrolier Luxembourgeois (GPL). Parfois, l’alignement des planètes est tel que tout se passe pour le mieux. Ainsi, un concours de circonstances a fait les affaires des pétroliers luxembourgeois. La sécheresse a fait baisser le débit du Rhin, entraînant une perturbation du trafic fluvial et les camions ont dû prendre le relais des péniches. Les ventes de carburant ont tellement augmenté en stations-service que cela s’est répercuté sur les prix à la pompe en Allemagne.

Une pénurie qui a fait les affaires du Grand-Duché, sachant qu’en fin d’année, le mouvement des gilets jaunes a également perturbé les acheminements de carburant côté français et même belge. Résultat: avec des centaines de stations-service à sec de carburant dans les pays voisins, le Luxembourg a été sous forte pression au cours du dernier trimestre 2018. Heureusement, les autorités sont restées calmes et le GPL a travaillé conjointement avec les différents ministères pour assurer l’approvisionnement au Luxembourg: «Si l’une ou l’autre station-service s’est retrouvée en pénurie dans le pays, cela a été réglé en quelques heures seulement. Nous avons fait appel à nos dépôts en Belgique après que les autorités aient fait le nécessaire auprès de leurs homologues belges», explique Romain Hoffmann, président du GPL.

Le Grand-Duché a ainsi en permanence 90 jours de réserve de carburant: il peut ainsi tenir huit jours (de vente habituel) avec des réserves stockées dans le pays, douze jours avec du stock en Grande Région et le reste dans l’Europe entière. Ces stocks appartiennent aux pétroliers luxembourgeois qui peuvent débloquer ces volumes en cas de difficultés comme cela a été le cas à la fin de l’année 2018.

Le niveau d’accises sur le diesel plus élevé que celui en Belgique

Mis à part cette bonne nouvelle, le GPL est néanmoins lié aux engagements environnementaux qu’a pris le Luxembourg, notamment à travers les accords de Paris qui ont pour but de réduire les volumes de carburants vendus. Pour cela, le gouvernement luxembourgeois a annoncé augmenter les accises au 1er mai prochain.

Une annonce fraichement accueillie par le GPL car la compétitivité du Luxembourg à la pompe va forcément s’en ressentir. Selon le GPL, le niveau d’accises sur le diesel au Luxembourg sera pour la première fois plus élevé que celui en Belgique. A noter que les professionnels ont l’opportunité, outre-Kleinbettingen, de se faire rembourser les accises quand ils y font le plein, ce qui n’est pas le cas au Grand-Duché. Jusque-là le tourisme à la pompe était une manne importante pour le pays. De l’ordre de 1,8 milliard d’euros dans les caisses de l’Etat pour 2018. Dans une question parlementaire récente, le ministre des Finances indique que les contrats de concession sur le réseau autoroutier ont généré en 2018 des recettes additionnelles de 69 millions d’euros, en plus des droits d’accises, dont 36 millions euros au titre de part variable liée à la consommation de carburant. Si les camions peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres sans faire le plein, les professionnels doivent par contre s’arrêter. Et là le Luxembourg pêche en matière d’infrastructures: un manque massif de parkings, le fléau des embouteillages, les chauffeurs cantonnés à rester sur l’autoroute. La Belgique a de son côté fait des efforts pour accueillir ces derniers en dehors des grands axes, dans de meilleures conditions. Si le Luxembourg n’est donc plus attractif en termes de prix du carburant, il ne sera plus question pour les professionnels de s’y arrêter. «Nous sommes très curieux de voir les effets qu’auront cette augmentation à partir du 1er mai, nous allons vite observer une éventuelle baisse des volumes vendus. Mais c’est une bonne approche du gouvernement que de tâtonner pour voir les effets», poursuit Romain Hoffmann.

Car les prix des carburants restent le nerf de la guerre, et l’argument massue pour attirer les routiers au Luxembourg. Ces professionnels représentent un tiers des ventes de diesel sur les autoroutes du pays, mais ils sont aussi un tiers à s’arrêter au Luxembourg sans faire le plein. L’augmentation devrait représenter deux cents environ par litre de diesel. Un coût non négligeable pour le secteur de la logistique et du fret qui se développe au Luxembourg.

Le GPL regrette cette mesure, tout en n’allant pas frontalement contre le gouvernement: «En tant que secteur nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une telle mesure, mais nous respectons la volonté politique du gouvernement. Le secteur et les sociétés pétrolières sont enclins à apporter des solutions au dilemme de fournir plus d’énergie avec moins d’émissions. Mais au niveau luxembourgeois, les leviers sont limités», estime le président du GPL, qui plaide pour des solutions au niveau européen. Car la pression sur les prix n’est pas seulement liée aux accises. Indexation des salaires, jour férié et jour de congé supplémentaire, la marge des pétroliers, à savoir dix cents bruts par litre de carburant va être mise à mal. Le secteur représente 2.600 emplois, et si les ventes de caburant restent stables, le nombre de stations-services s’est réduit de dix unités depuis dix ans, avec un total de 234 stations pour l’année 2018.