LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Sarah Grother est devenue officiante pour mariages laïcs

Les cérémonies laïques ont le vent en poupe. Entre les mariages expéditifs en mairie et ceux à l’église où l’on a tendance à s’ennuyer ferme, de plus en plus de couples optent pour des cérémonies qui leur ressemble. Sarah Grother s’est confrontée au problème personnellement puisqu’elle s’est elle-même mariée en 2018: «Je n’étais pas franchement pour aller à l’église et mon fiancé y était carrément opposé. La mairie n’était pas une option très intéressante, et puis mes beaux-parents ont une belle maison avec un jardin, on rêvait d’une cérémonie là-bas, intimiste. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire des recherches». La cérémonie laïque s’impose peu à peu au couple, alors que leur seule expérience n’avait pas été très concluante: «Je m’étais rendue à un mariage avec une cérémonie laïque il y a quelques années, conduite par les témoins, et j’ai détesté! Il n’y avait aucun fil conducteur, le ton n’était pas très solennel, l’émotion n’était pas au rendez-vous». Malheureusement, il est encore difficile de trouver des professionnels sur ce segment. D’autant que le métier d’officiant n’est pas règlementé, notamment en France où se déroulait le mariage: «Il y a à boire et à manger… Les tarifs vont de 300 à 3.000 euros, entre ceux qui font ça en dilettante avec des textes à trous et les vraies prestations. Le mariage représente un gros budget pour un couple, on n’a pas le droit à l’erreur». Puis le couple finit par trouver leur officiante, elle-même formatrice.

C’est donc quasi naturellement après le mariage que Sarah Grother commence à mûrir son projet de devenir elle-même à son tour officiante. Elle fait quelques recherches et s’aperçoit vite qu’elle serait la seule sur ce créneau en Lorraine et au Luxembourg. Elle suit la formation pour au départ un projet annexe à son travail, car la jeune femme ne sent pas du tout l’âme d’une entrepreneuse: «J’avais juré à mon mari que jamais de la vie je ne démarrerais ma société!». Ce dernier a lui-même sa propre affaire, et Sarah n’est vraiment plus à l’aise dans le milieu de la finance où elle évolue depuis le début de sa carrière. «Mes conditions de travail se sont dégradées. Au début je me suis dit que je ferais ça en plus, mais finalement si je voulais que ça décolle vraiment, il fallait que je me lance», raconte-t-elle. Les premiers mois, elle fignole son site internet, écume les salons de mariage, contacte les prestataires. Puis à la fin 2018, les premières demandes se concrétisent: «Je m’étais fixée comme objectif de faire trois cérémonies, puis comme je me suis dégagée du temps en démissionnant, j’en ai sept cette année, pour une première saison c’est plutôt bien!».

Sarah Grother se dit avant tout créatrice de cérémonies. Elle accompagne les couples pas à pas pour structurer une célébration qui ne ressemblera à aucune autre. Cindy Covelli et Quentin Kaiser se marient le 7 septembre prochain à Bertrange et ils ont fait appel à l’officiante. «Nous avons décidé tous les deux que nous ne voulions pas de cérémonie à l’église, nous voulons quelque chose de personnel, pas une cérémonie lambda», explique la fiancée qui a trouvé Sarah Grother en faisant des recherches sur Internet. La cérémonie va leur ressembler, mais tout en gardant les codes du mariage traditionnel: «Mon père est d’origine italienne, il avait un peu peur que la cérémonie soit trop différente, mais je tiens à ce qu’il m’accompagne jusqu’à l’équivalent de l’autel, ça l’a rassuré», poursuit la jeune femme. Le couple est ravi de voir l’officiante aussi impliquée dans leur cérémonie: «Elle nous a envoyé des formulaires qui prennent parfois plus d’une heure à remplir, elle nous a rencontré plusieurs fois ainsi que nos proches pour bien nous cerner et comprendre ce que l’on attend. J’ai été agréablement surpris de tout le temps qu’elle nous consacre, ça vaut largement ses tarifs qui sont de toute façon équivalents à la concurrence», explique Quentin. Tout cela représente du temps. Beaucoup de temps: «Comme nous partons de zéro, il me tient à cœur de bien connaître le couple. C’est ça qui fera la différence. Je veux qu’ils se retrouvent dans la cérémonie, et que les invités repartent en apprenant quelque chose sur eux. Chaque histoire est unique, c’est pourquoi cela me prend autant de temps», précise l’officiante.

Une notion qui n’est pas encore comprise par tous car les prestations de Sarah Grother ont un prix: pour un accompagnement intégral, une cérémonie 100% personnalisée ainsi que l’aide à l’écriture des vœux, il faut compter 1.300 euros en moyenne. Un budget qui réfrène certains. «Le prix est une barrière pour beaucoup c’est vrai, mais je ne veux pas brader mon travail. Ceux qui veulent juste tendre un texte pour être lu par une officiante n’ont pas frappé à la bonne porte», explique-t-elle.

D’ailleurs, pas question de faire lire des textes aux proches pendant la cérémonie: tout doit venir du cœur. Une question d’authenticité et d’émotion lors du jour J: «Personne ne se rappellera de la lecture d’un texte qui n’a en général rien à voir avec le couple. J’encourage les proches à se lancer, et avec l’accompagnement qu’il faut, cela marche à tous les coups», assure-t-elle. Même une grand-mère déçue de ne pas voir de mariage religieux aurait fini par être conquise par la cérémonie concoctée par Sarah.

En tout cas il n’est pas question de se reposer sur elle et de la laisser faire. Pour l’officiante, le couple doit être investi à 100% pour réussir sa cérémonie. C’est donc une formule qui ne convient pas à tout le monde, mais c’est finalement aussi bien comme ça: «Je veux pouvoir choisir mes mariés dans le sens où il faut que tout le monde soit à l’aise, que le déclic se fasse et ça a toujours été le cas pour les mariages que j’ai célébrés jusqu’ici». Avec Sarah, tout est possible ou presque. Elle a récemment officié un mariage sous la thématique «Star Wars», les mariés étant de grands fans de la saga. Pas de problème: «Ils n’étaient pas déguisés, il s’agit quand même d’un mariage, mais la cérémonie a permis de reprendre certains codes, ce qui reflétait la personnalité des mariés».

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