LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’agence de labellisation LuxFLAG voit son activité boostée par la vague verte qui souffle sur le marché de la finance - Rencontre avec ses dirigeants

L’entame de l’été a été rythmée par deux annonces majeures au sein de l’agence LuxFLAG: la nomination de Sachin Vankalas en tant que directeur général et celle de Denise Voss à la présidence de l’agence de labellisation. Celle-ci a vu son activité gonfler de près de 30% l’an dernier et la dynamique se maintient à en croire les chiffres de la mi-2019 qui font déjà monter le compteur à 136 labellisations contre 103 en 2018. Rencontre avec son nouveau duo de dirigeants: Sachin Vankalas et Denise Voss.

2019 est une année de grands changements pour LuxFLAG avec vos nominations respectives. Comptez-vous donner une nouvelle orientation à l’agence?

DENISE VOSS Sachin travaille ici depuis huit ans. C’est une avancée naturelle pour lui d’être promu directeur général de LuxFLAG. Je suis très heureuse de travailler avec lui parce qu’il est expérimenté et particulièrement sur le volet opérationnel de la délivrance des labels, ce qui est l’activité principale de LuxFLAG. L’autre activité se trouve du côté des membres associés. Il s’agit du volet éducationnel des activités de LuxFLAG en quelque sorte. Agir comme un lieu où les personnes peuvent interagir, réseauter et apprendre au sujet de la finance durable. Ces deux activités continueront d’être les activités principales de LuxFLAG. Je viens du secteur des fonds d’investissement qui est pour l’instant le «client» principal des labels de LuxFLAG. Je pourrai donc apporter mon expérience en tant que présidente de l’ALFI en matière promotionnelle.

SACHIN VANKALAS Les changements montrent clairement une chose: tout continue. J’étais employé de LuxFLAG pendant huit ans. Denise était déjà impliquée stratégiquement dans la mesure où l’ALFI est l’un de nos membres fondateurs. Chacun de nous connaît le marché, et particulièrement les réponses à la finance durable et les changements que connaît le marché.

L’activité de LuxFLAG connaît une forte croissance ces derniers temps avec 136 véhicules d’investissement labellisés à la fin juin, en hausse de 30% par rapport à 2018. Comment expliquez-vous cette croissance? Est-ce une hausse de la finance durable ou des labels octroyés par LuxFLAG?

VOSS Une partie de cette croissance vient du fait qu’il y a davantage d’attention portée à la finance durable et à l’intégration des critères ESG (pour «Environmental, Social and Governance», ndlr).

VANKALAS Nous voyons une claire tendance à la croissance. Néanmoins si tout le monde est durable, alors qui n’est pas durable? C’est là où les labels arrivent. De plus en plus de gens se revendiquent durables. Peut-être pas en termes d’état d’esprit mais voyons cela comme un exercice de communication. Tout le monde veut dire qu’il est une société durable. Au plus les gens parlent de «green washing», au plus les labels deviennent importants. Parce que le label fournit de la transparence, de la crédibilité aux investisseurs, une reconnaissance des bonnes pratiques. L’une des raisons principales de la croissance de LuxFLAG est qu’il y a de plus en plus de fonds de finance durable mais aussi qu’il y a de plus en plus de confusion à ce niveau pour que les labels gagnent en importance.

Mais aujourd’hui, la finance durable reste une niche sur le marché…

VANKALAS C’était une niche. Inutile aujourd’hui d’expliquer ce que sont la finance durable et les critères ESG. Ce temps est révolu, du moins en Europe. Chaque gestionnaire de fonds, si vous êtes d’une taille raisonnable, ne peut aujourd’hui se permettre de dire: «Je ne sais pas ce qu’est l’ESG» ou «Je ne veux pas savoir ce qu’est l’ESG». C’est terminé. Si vous ne savez pas ce qu’ESG signifie, cela signifie que vous perdez face à vos compétiteurs.

VOSS Il existe deux principaux styles en matière de finance durable. D’une part, l’intégration ESG consiste à intégrer les principes ESG dans le processus d’investissement du gestionnaire d’actif. D’autre part, l’«impact investing» correspond aux stratégies d’investissement visant à créer un impact positif. C’est vrai que l’«impact investing» est peut-être plus une niche car il est plus concentré et le nombre est plus petit. C’est pourquoi l’intégration ESG est aussi importante de même que l’éducation car nous avons les objectifs de la COP21 à atteindre.

A propos de LuxFLAG, comment gérez-vous la concurrence? Il y a sans doute de plus en plus d’agences de labellisation compte-tenu de la croissance de la finance durable…

VANKALAS Je vois les choses différemment. Nous ne sommes pas seulement une agence de labellisation. Nous sommes aussi une agence de promotion de la finance durable pour le grand public et l’industrie financière. Nous sommes les seuls - disons d’envergure internationale - parce que aucune des autres agences de ne sont autant indépendantes que nous le sommes. Beaucoup sont liées à des institutions privées. Nous avons une dimension transfrontalière aussi. La plupart des agences de labellisation offrent des labels sur leur marché domestique.

VOSS Nos labels représentent cinq juridictions (Luxembourg, France, Allemagne, Belgique et Irlande, ndlr). C’est un label internationalement reconnu, pour moi cela est logique puisque le Luxembourg est reconnu internationalement pour les fonds UCITS, ceci est dans la même lignée. Nous avons un comité d’éligibilité formé d’experts indépendants et d’une composition différente selon les labels. Une fois que la demande est étudiée par l’équipe de LuxFLAG, elle est présentée au comité d’éligibilité, ils en débattent et argumentent puis le conseil de LuxFLAG sur base de l’avis du conseil d’éligibilité dit oui ou non.

En pratique, combien cela coûte d’avoir un label et combien de temps cela prend-t-il?

VANKALAS Le label prend trois mois pour l’obtention et est valide pour une période d’un an et il coûte 3.000 euros. C’est à nouveau une différence parce que certains labels sont octroyés pour trois ans. Nous pensons clairement que cela n’est pas la bonne marche à suivre parce que les fonds continuent à changer leur portfolio. Si vous octroyez un label et que deux mois plus tard quelque chose d’autre arrive dans le portfolio et n’est pas compliant, c’est pourquoi LuxFLAG maintient sa position. Au moins une fois par an, nous faisons une révision complète du portfolio et des processus, et des obligations légales et sur base de cela nous renouvelons le label pour une nouvelle année.

La Commission européenne prévoit de règlementer la finance verte. Comment vous positionnez-vous dans ce contexte? LuxFLAG compte-t-il se montrer proche de la Commission ou est-il plutôt dans une phase d’attente de connaître les intentions de Bruxelles?

VANKALAS Pour votre information, l’écolabel européen existe déjà pour d’autres catégories comme les biens de consommation par exemple. Dans l’une des réunions où LuxFLAG a été impliqué depuis 2015, la question était de savoir pourquoi la Commission européenne n’étend pas ses produits existants aux instruments financiers. L’écolabel européen n’est pas encore terminé, il dépend d’autres travaux comme ceux liés à la taxonomie verte. Donc, l’écolabel européen pourrait venir. Nous sommes confiants dans le fait que nos critères sont suffisamment forts pour qu’ils puissent être en ligne avec ce qui viendra de la part de Bruxelles. C’est clair pour nous.

Ensuite, il n’est pas vraiment clair du côté de la Commission de qui octroie ce type de labels. Ça ne sera pas donné à tout le monde. Il y a des grandes possibilités. Nous voyons cela comme une opportunité pour nous car, sur base de notre historique, notre expertise, nos critères d’indépendance, nous avons un grand rôle à jouer et nous pourrions être l’une de ces agences qui pourraient octroyer ces labels.

www.luxflag.org