LUXEMBOURG
JEAN-PAUL LICKES

Chaque dernier dimanche de septembre est célébrée à travers le monde la Journée mondiale des rivières pour attirer l’attention sur leur importance vitale et la pression à laquelle elles font face en raison de la croissance de la population, de la pollution et du changement climatique. Le Luxembourg ne fait pas exception, comme le souligne l’Administration de la gestion de l’eau.

«Dans un pays aussi densément peuplé tel que le Luxembourg, les rivières constituent également un défi. D’un côté, il y a la nécessité de protéger nos villages et nos villes des inondations et de la puissante force parfois dévastatrice de l’eau. D’un autre côté, nous devons également protéger nos rivières de l’impact des activités humaines. Selon les chiffres établis par notre Administration dans la période 2015-2021, un peu plus de la moitié des fleuves et rivières luxembourgeois (57%) étaient dans un état écologique modéré, le reste soit en mauvais état (24%) ou en mauvais état écologique (19%). Ces chiffres doivent interpeller chacun d‘entre nous.

Ramener nos rivières à un bon état écologique est un défi que nous ne pouvons relever seuls. C’est une tâche qui nécessite la coopération et le soutien d‘une multitude d‘acteurs, en premier lieu des communes, mais aussi des propriétaires de terrains, des agriculteurs, des industriels, jusqu‘au citoyen. Lorsqu‘il s’agit de protéger nos rivières, nous avons tous un rôle important à jouer. Par exemple, en amenant les médicaments et les substances chimiques au centre de recyclage, la population peut contribuer de manière significative à la réduction des substances polluantes qui pénètrent dans nos rivières. De même, la population doit être consciente que si une canalisation de type séparatif, c’est-à-dire qui sépare les eaux de pluie des eaux usées, existe dans leur rue - ce qui est d’ailleurs obligatoire au Luxembourg dans tous les nouveaux quartiers -, alors les activités telles que le lavage de voitures dans la rue doivent être évitées car elles représentent une menace directe de pollution pour les rivières. En outre, il existe toute une gamme de mesures que la population peut mettre en place pour réduire la consommation d‘eau.

Les pressions sur les rivières sont multiples et comprennent le ruissellement des terres agricoles, l’extraction d‘eau à usage privé et public, ainsi que les rejets des stations d‘épuration et de l’industrie. Cependant, l’espace disponible pour les fleuves et rivières au Grand-Duché pose un problème majeur et méconnu. Les rivières ont besoin d‘une certaine étendue pour remplir leur fonction écologique: elles doivent être capables de gonfler et de récupérer, de serpenter ou de former des méandres et de tracer ainsi leur propre cours. Or, dans le passé, beaucoup de tronçons de rivières ont été redressés, ou pire encore, emprisonnés dans des lits cimentés, principalement pour des raisons de commodité et aussi avec l’espoir de mieux protéger les villages des inondations. En réalité, c’est tout le contraire: avec suffisamment d‘espace, les rivières fournissent aux hommes et à la nature des services écosystémiques des plus importants, notamment en ce qui concerne la régulation de l’eau et le contrôle des inondations, le recyclage des nutriments et le filtrage de l’eau, ainsi qu‘un habitat pour une flore et une faune riches et diversifiées.

L’AGE est engagée dans un ambitieux programme de remise en état (quasi) naturel des rivières luxembourgeoises. Deux grands projets phares sont actuellement en préparation: la revitalisation de l’Alzette, de Luxembourg-Ville à Mersch, ainsi que celle de la vallée de la Pétrusse dans la Ville de Luxembourg.

Plusieurs tronçons de rivière ont déjà été revitalisés depuis 2001, tel que par exemple le tronçon de l’Alzette qui va de Steinsel à Walferdange, ou encore l’Alzette qui va de Schifflange au sentier nature et forêt Dumontshaff, et aussi le tronçon de l’Ernz Blanche de Junglinster à Reisdorf. Ces sites restaurés offrent d’ailleurs une belle opportunité pour découvrir à quoi peut ressembler un paysage fluvial plus naturel ici au Luxembourg.»