LUXEMBOURG
NORRY SCHNEIDER

Le 19 février dernier, le Luxembourg avait atteint son quota de ressources allouées par la planète pour l’année. Chez CELL (Centre for Ecological Learning Luxembourg), le coordinateur de la plateforme luxembourgeoise de la Transition Norry Schneider regrette que la crise écologique ne soit pas devenue une priorité politique absolue.

«Le Global Network fait son calcul chaque année au mois d’avril, avec un modèle qui comprend des analyses scientifiques sur les capacités de la planète. Les autres pays ne sont pas si en “avance” que le Luxembourg. Le tourisme à la pompe existe, mais malgré ça, le pays vit au-delà des moyens de la planète.

Le niveau de vie des Luxembourgeois est élevé, ce n’est pas une nouvelle, mais notre empreinte écologique est lourde. Cette obsession de la croissance est née après-guerre, avec une recherche de l’immortalité. C’est encore plus vrai au Luxembourg, nous sommes un peuple de paysans et cette peur de mourir de faim est enracinée dans notre culture, le spectre de la famine est dans notre subconscient. Alors nous accumulons et consommons au-delà des limites, car nous avons toujours peur que cela ne suffira pas.

Pourtant, la survie de l’humanité est en question. Nous allons dépasser les 3 à 4 degrés de réchauffement planétaire et c’est dramatique. Il y a eu beaucoup d’analyses, beaucoup d’alarmes, la technologie verte c’est bien, mais cela ne suffira pas. Nous demandons un changement de paradigme, mais la remise en question est difficile. La protection de l’environnement devrait être mise en priorité absolue, c’est de survie dont on parle aujourd’hui. La finance a un rôle important à jouer, mais il faut que le paradigme change. La finance dit “verte”, c’est bien beau, mais tout notre système de croissance est basé sur le pétrole, sur cette abondance du pétrole.

Pourtant le Luxembourg peut s’inscrire comme fer de lance d’une nouvelle impulsion. Le nouveau programme gouvernemental est le meilleur que l’on aurait espéré, mais il arrive un peu tard. Les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’économie circulaire apparaissent 37 fois dans le programme, c’est bien! Mais la notion de sobriété est absente, pourtant nous vivons à crédit sur le dos de la planète, et on ne pourra jamais le rembourser. Le Luxembourg pourrait se positionner sur cette question et faire la différence. Nous voulons prôner une sobriété heureuse: mettre en avant ce que cela apporte plutôt que les contraintes»