FRÉDÉRIQUE DESGRAIS, DIRIGEANTE DE L’ENTITÉ PERSONNES DISPARUES DU COMITÉ INTERNATIONAL DE LA CROIX ROUGE
GENÈVE

Alors que vous lisez ces lignes, des centaines de milliers de personnes à travers le monde sont portées disparues dans le contexte de conflits, de violence, de catastrophes naturelles ou de migration. C’est une tragédie humanitaire avec de profondes conséquences pour leurs proches. Malheureusement, cette tragédie est souvent oubliée. Tous les ans au 30 août, le Comité International de la Croix Rouge ensemble avec nos collègues de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, avec des Associations de proches de personnes disparues et d’autres acteurs à travers le monde marque la Journée Internationale des personnes disparues. Nous le faisons en mémoire des disparus mais encore par solidarité et soutien à ceux qui attendent désespérément leur retour.

Cette journée est l’occasion de se souvenir de la douleur des familles des personnes disparues dans des conflits armés, dans le contexte de migration ou de violence. Quand leurs membres aimés disparaissent, les familles sont contraintes de vivre dans le doute et l’inconscience. La lacune peut leur peser pendant des années, toute la vie et même des générations durant. C’est une douleur écrasante dont le rayonnement négatif peut atteindre des communautés, voire des sociétés entières.

Difficile de cerner la problématique

La véritable étendue de cette tragédie globale reste difficile à saisir. Rassembler des données fiables sur le sujet est très difficile, surtout que le phénomène a pris une dimension internationale avec les vagues de migration. A travers le monde, le nombre de ceux qui doivent fuir leur patrie pour raison de violence, d’insécurité, de pauvreté endémique, de gouvernance insuffisante ou de changement climatique, s’en va croissant. Un nombre significatif de ces migrants disparaît le long des routes migratoires, on ne sait jamais ce qui leur arrive et on ne retrouve jamais leurs corps. Indépendamment de la cause de leur disparition, le phénomène concerne presque tous les pays. A chaque fois, des familles restent dans le désespoir, sans connaître le sort des êtres qui leur sont chers.

Il existe une responsabilité légale de prévenir la disparition de personnes et de clarifier le sort des disparus et l’endroit de leur disparition. Leurs familles ont le droit de savoir ce qui s’est passé et leur donner une réponse à leurs questions est d’abord et avant tout un acte humanitaire. La manière dont les cas des disparus sont traités ne détermine pas seulement la façon dont les besoins de la famille sont remplis, mais influe aussi sur les perspectives de stabilité et de réconciliation au sein des communautés et de sociétés entières. Pour le Comité International de la Croix Rouge, le statu quo n’est pas une option. Sur base des expériences de terrain à travers le monde, nous revendiquons des standards professionnels améliorés pour aider les autorités à remplir les lacunes et leurs responsabilités