PARIS
CATHERINE KURZAWA

Ils impactent le résultat net de BNP Paribas à hauteur de 1,2 milliard d’euros en 2013

Le moins que l’on puisse dire, c’est que 2013 s’est mal terminé pour BNP Paribas. Le groupe financier a vu son résultat net chuter à 127 millions d’euros (-90%) au dernier trimestre. Voilà qui porte le bilan de l’exercice écoulé dans le rouge, avec un résultat net part du groupe réduit de 26,4%, à 4,8 milliards d’euros. Ce phénomène, les dirigeants l’attribuent largement à un lot d’éléments exceptionnels qui, au lieu de remplir les caisses comme en 2012 (pour 184 millions d’euros), les ont largement vidées pour un total de 1,2 milliard d’euros. Citons d’une part l’enveloppe de 798 millions d’euros provisionnés en vue d’une possible sanction aux États-Unis. «Il s’agit de paiements en dollars qui pourraient être considérés comme non autorisés par les autorités américaines et qui pourraient mener à une amende», explique Philippe Bordenave. Précisant que la revue est achevée du côté de BNP Paribas, le dossier est désormais entre les mains des autorités concernées pour examen.

D’autre part, les coûts de transformation de la société basée à Paris pèsent aussi sur l’ardoise: 661 millions d’euros rien qu’en 2013. «C’est une dépense que l’on va retrouver dans quelques années encore», admet le directeur général délégué. Le groupe a en
effet annoncé que le programme «Simple & Efficient» serait prolongé jusqu’en 2016 au moins, avec des objectifs logiquement revus à la hausse. Au lieu des deux milliards d’euros d’économies prévues d’ici à 2015, BNP Paribas vise désormais 2,8 milliards d’euros. En matière de croissance, le défi est lancé: atteindre une hausse du bénéfice net par action à deux chiffres en moyenne entre 2013 et 2016, hors éléments exceptionnels.

À la conquête du marché allemand

Le groupe entend confirmer sa présence sur le marché des entreprises, des institutionnels mais aussi des particuliers. Et à ce niveau, le directoire s’est largement félicité du lancement d’«Hello Bank!» qui, en quelques mois, a déjà réuni 177.000 clients en Belgique, en France, en Allemagne et en Italie. Orienté vers une clientèle «en conquête»
dixit le CEO Jean-Laurent Bonnafé, cette plate-forme bancaire en ligne compte près de deux clients sur trois sur le marché allemand. Une dynamique que la banque entend accentuer dans une zone qu’elle qualifie déjà de «marché cible pour notre croissance en Europe.» Car en Italie, le résultat avant impôt chute de 46,3%, crise oblige. En France, le recul se limite à 2% tandis que sur le marché belge, l’entreprise signe une progression de 3% de son résultat avant impôt, qu’elle attribue à une amélioration de son
efficacité opérationnelle.

Vers une banque privée remodelée

Au Luxembourg, il faudra attendre avril pour obtenir les résultats détaillés mais le groupe fait déjà savoir que les crédits immobiliers ont dopé les encours avec une hausse de 2,2% l’an passé, tandis que les dépôts ont augmenté de 5,2%, boostés par la clientèle professionnelle. Malgré cela, le résultat brut d’exploitation s’annonce en recul, dans le sillage d’une augmentation des frais de gestion. «Notre priorité est de nous adapter à la décision de l’échange automatique des informations», appuie François Villeroy de Galhau. Le directeur général délégué laisse entendre qu’il vise à la fois un «développement de la clientèle résidente au Luxembourg» mais que «nous garderons aussi une clientèle non résidente dans la banque privée.» Quant à une possible arrivée d’«Hello Bank!» au Grand-Duché, «nous verrons à l’avenir mais ce n’est pas dans le très court terme.»

Soulignons par ailleurs qu’avec 10,3%, le groupe accuse d’un ratio de solvabilité au-delà des 3% imposés par Bâle 3. Et pour les actionnaires, un dividende stable de 1,50 euro leur sera proposé à l’assemblée générale du 14 mai prochain.

«On est à un peu moins de la moitié des dividendes d’avant crise», reconnaît Philippe Bordenave. Préférant voir le verre à moitié plein, le dirigeant ne manque pas de souligner la poussée continue de la valeur intrinsèque de la banque par action comptable, de 6,1% en moyenne annuelle depuis 2008.

Au rythme des changements de sa structure et d’une reprise des dépôts assez marquée ces derniers mois, BNP Paribas prend donc un nouveau départ entaché, il est vrai, par des éléments exceptionnels. Mais même en les isolant, le résultat net part du groupe reste sur une pente descendante de 5,3%, à six milliards d’euros.