AMSTERDAM
AUDREY SOMNARD

Amazon cherche à s’imposer dans le secteur public à travers l’offre d’AWS

La digitalisation est en marche également dans les services publics. Mais ces derniers n’ont pas les compétences ni les budgets pour développer eux-mêmes des solutions, alors ils font de plus en plus appel à des sociétés privées comme Amazon Web Services (AWS). C’est ainsi que la Commission européenne a fait appel il y a deux ans à AWS pour proposer des services aux citoyens, sans avoir à maintenir les serveurs et autres matériels informatiques.

Pour Christian Zahorski-Philippe («Head of Pan-EU Public Sector»), ce sont surtout les PME et les startup qui bénéficient de ces services en ligne. «Les entreprises locales ont besoin de beaucoup plus de transparence, il s’agit avant tout d’être au service du citoyen». Ainsi, le gouvernement flamand a collaboré avec AWS pour mettre en place un service pour les demandeurs d’emploi, basé comme une célèbre application de rencontres et ses «match». «Les algorithmes mettent en relation des offres d’emploi en fonction des profils des demandeurs d’emploi. J’ai beaucoup aimé l’exemple de cet homme qui avait de l’expérience avec des enfants mais aussi en sculpture sur bois, au premier abord on peut se dire que ça n’a rien à voir et qu’il ne trouvera aucun emploi qui va combiner ces deux expériences. Pourtant le programme lui a trouvé un emploi de conception d’aires de jeux pour enfants en bois. Jamais une personne aurait pu faire le rapprochement, les applications sont immenses», poursuit Christian Zahorski-Philippe.

Les données restentau sein de l’Union européenne

Du côté de la sécurité, c’est la Commission elle-même qui aurait vanté les louanges du «cloud» pour ses données. AWS possède une série de data center, et pour le secteur public européen, elles restent au sein de l’Union européenne, «A Francfort ou Dublin», rassure le responsable secteur public. Pour ce dernier, les données sont conservées dans la région des utilisateurs. Un contrat qui lie AWS à ses clients qui peuvent s’assurer que leurs données restent dans la même juridiction que les utilisateurs concernés. Les Allemands ont même une certification «C5» mise en place pour s’assurer que les données sont bien là où elles doivent être.

Et tout cela dans une visée de réduction des coûts. Si les instances publiques regroupent leurs services chez AWS, c’est que ce dernier peut compter sur une gestion à grande échelle, ce qui entraine inexorablement une réduction des coûts, mais également en matière d’efficacité énergétique. Plutôt que des petits serveurs çà et là, AWS promet une réduction de consommation d’énergie avec ses grands data center. Cela fait cinq ans qu’AWS s’est investie dans le secteur public européen, en 2018 quelque 300 fonctionnaires européens ont été formés aux rouages d’AWS.

Pour plus d’efficacité assure ainsi Christian Zahorski-Philippe: «C’est une vision sur le long terme pour implémenter de l’innovation au sein de cette grande machine qu’est l’Union européenne. Par exemple, l’Office des publications basée à Luxembourg a mis en place une recherche sémantique grâce aux algorithmes, cela va faciliter la documentation des travaux de l’Office».

75% de co-financement est assuré par l’ESA

Et de plus en plus d’organismes européens adhèrent à la philosophie d’AWS, bien avance sur la concurrence tels que Microsoft ou encore Google. Ainsi, l’European space agency (ESA) travaille étroitement avec AWS. Notamment dans le domaine de la «space data», ou la «space technology» à travers des «EU business applications» qui sont un soutien aux entreprises liées au domaine spatial. Le «zero-equity funding» pour le volet financier avec une bourse de 60.000 à 3 millions d’euros), mais aussi le soutien des équipes et l’accès au réseau des partenaires de l’ESA.

Au total, 75% de co-financement est assuré par l’ESA. Un bon moyen pour les jeunes entreprises innovantes dans le domaine spatial de pousser leur idée. Davide Coppola explique ainsi l’exemple du projet VECMAP. «Il s’agit de faire une carte de la dispersion des moustiques vecteur de maladies. C’est une expérience scientifique et un produit monétisable», indique le responsable de l’ESA. Le projet ne doit donc pas avoir un lien direct avec l’espace, mais utiliser les ressources comme la navigation satellite, l’observation de la terre pour des applications de météo ou de traffic, ou encore pour transférer des data d’endroits reculés ou quand il n’y a pas de réseau.

Ce qui représente 10% des territoires en Europe. Evidemment le projet utilise AWS qui est associé à l’ESA pour ce programme. Les Américains apportent le soutien technique nécessaire et une partie des fonds. Le processus d’application a été facilité pour que les petites entreprises puissent y participer, avec un coup d’envoi toutes les six semaines, Davide Coppola n’a plus qu’à faire connaitre le programme pour attirer les projets à potentiel. A ce jour, l’ESA a investi 200 millions d’euros dans 500 entreprises.