LUXEMBOURG
THOMAS RUTZ

De toutes les classes d’actifs à travers le monde, ce sont les obligations des marchés émergents qui ont attiré le plus d’entrées de capitaux en janvier 2019. Nous voyons encore beaucoup de possibilités d’amélioration en raison des données fondamentales positives.

Lëtzebuerger Journal

Les marchés émérgents sont aujourd’hui en très bonne forme. Certes, des vulnérabilités externes demeurent, mais la situation des comptes courants s’est nettement améliorée. Le niveau des réserves est également bon, la plupart des pays se situant au-dessus du ratio de réserves fixé par le FMI et certains pays le dépassant même largement, notamment le Brésil, le Mexique, la Russie et la Thaïlande. La dynamique de l’inflation est également sous contrôle pour le moment (sauf en Argentine et en Turquie), reflétant les politiques responsables des banques centrales et une transition réussie vers le ciblage d’inflation. En somme, des avancées majeures par rapport à la situation de ces 20 dernières années. Les taux directeurs réels sont positifs dans la plupart des marchés émergents, laissant une marge de manoeuvre significative pour de potentiels programmes d’assouplissement monétaire en cas de détérioration de l’environnement macroéconomique.

Depuis la crise financière mondiale, la dette publique des pays émergents n’a augmenté que légèrement, passant de 25 à 30% versus de 60 à 100% aux pays industrialisés. Du côté des entreprises (pour les sociétés non financières), le niveau d’endettement des marchés émergents semble, à première vue, avoir augmenté de manière significative, passant de 60% en 2007 à 90% en 2018. Mais si l’on exclut le rôle de la Chine et l’augmentation de la dette des entreprises d’État, l’endettement des entreprises a diminué de 1 à 2% depuis 2007.

En outre, de nombreux marchés émergents ont mis en place un marché local de la dette actif, renforcé la capacité du système bancaire local et amélioré le cadre politique. C'est pourquoi nous pensons que les ratios d’endettement des marchés émergents sont plus faciles à absorber aujourd’hui que par le passé. Les exceptions sont l’Argentine, la Turquie et, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud.

Malgré un environnement macroéconomique difficile en 2018 (guerre commerciale, ralentissement de la croissance, hausse des taux d’intérêt américains) et les cas cités ci-dessus, aucune crise à grande échelle ne s’est déclarée aux pays émergents. Ce qui confirme notre opinion selon laquelle les marchés émergents sont à même de résister à d’éventuelles turbulences.

Une comparaison entre les obligations d’entreprises des marchés émergents et les obligations d’État montre que les premières offrent des écarts supérieurs à 80 points de base, écarts qui se sont creusés de 35 points de base depuis le creux de janvier 2018. En outre, les émetteurs d’obligations à haut rendement offrent des rendements nettement supérieurs, en moyenne 230 points de base au-dessus des obligations d’État.

Nous nous attendons à ce que les émetteurs d’obligations des marchés émergents, et en particulier celles à haut rendement, surperforment le reste de l’univers obligataire des marchés émergents en 2019, grâce à des valorisations attractives, à la possibilité d’améliorer les fondamentaux et à la compression des spreads. Dans notre univers d’investissement, nous constatons que les fondamentaux des sociétés du Stock Exchange n’ont pas été si bons depuis la crise financière mondiale. Le signe le plus positif de notre point de vue est la prudence observée dans les stratégies de gestion de la plupart des sociétés que nous suivons.

Nous croyons donc qu’il est fort possible pour les investisseurs expérimentés de profiter d’un potentiel de croissance attractif en 2019.