SAO PAULO
SÉRGIO ADEODATO, VALOR ECONÔMICO

Des entreprises et des initiatives sociales se mobilisent pour relever le défi

Il y a une trentaine d’années, le grand-père de Henrique Carneiro a acheté les 44.000 hectares sur lesquels s‘étend la ferme Fazenda Vera Cruz do Xingu, dans l‘État brésilien du Mato Grosso. Aujourd’hui, Henrique Carneiro y plante des arbres parmi les champs de soja, maïs et coton et sur de vastes pâturages. Plus du tiers de la forêt qui couvrait l’exploitation a été abattue au fil du temps. Mais désormais, en collaboration avec l’association locale Instituto Socio Socioambiental, l’agriculteur espère trouver le moyen de restaurer une partie de cette parcelle d’Amazonie, la plus grande forêt tropicale au monde.

Jusqu‘à présent, 4 % des 12.200 graines de 67 espèces indigènes d’arbres qu’il a semées ont poussé. „C’est un travail méticuleux qui implique aussi les agriculteurs voisins „, explique-t-il.

Dans le cadre de l’accord de Paris pour le climat, le Brésil s’est engagé à reboiser 12 millions d’hectares - presque la taille de l’Angleterre - d’ici 2030, un défi de taille. Le Plan national de récupération de la végétation indigène (Planaveg) du gouvernement, annoncé en novembre 2017, prévoit la plantation de 390.000 hectares de forêt vierge sur quatre ans.

Une lutte de tous les jours

D’autres acteurs tentent eux aussi d’aider le pays à honorer sa promesse par des moyens économiques, environnementaux et sociaux. L’un d’eux est l’Alliance pour la reforestation en Amazonie, un partenariat de plus de 50 organisations de la société civile, entreprises, instituts gouvernementaux et de recherche. Son objectif - planter 73 millions d’arbres sur 300.000 hectares - en fait le plus grand projet de reboisement de la planète actuellement en cours. Cependant, les taux actuels de déforestation continuent d’anéantir tous les efforts. Selon l’Institut Imazon de l’homme et de l’environnement, les activités d’exploitation forestière ont augmenté de 40% d’août 2017 à juillet 2018: 300.000 hectares de perdus, soit la superficie que l’Alliance pour la restauration en Amazonie espère replanter.

Des images satellites montrent que 83% de la superficie déboisée, y compris dans les réserves environnementales et autochtones, sont devenus des pâturages ou des terres cultivées. La technologie numérique permet même aux particuliers de surveiller ce qui se passe dans la forêt tropicale. D’autres innovations portent, par exemple, sur la production durable de bois de construction. Dans la forêt nationale de Jamari, où des terres fédérales sont disponibles pour une utilisation économique durable, la société Amata utilise l’imagerie satellite pour identifier et sélectionner les arbres qui peuvent être abattus avec un impact aussi faible que possible. Pour préserver l’intégrité de la forêt, l’entreprise s’est fixé comme limite d’exploitation 15 mètres cubes de bois par hectare, soit moitié moins que la quantité autorisée par la loi.

D’autres misent sur l’utilisation de substituts aux produits forestiers. Ainsi, loin de l’Amazonie, dans la ville de Guaramiranga, l’hôtel Vale das Nuvens est construit en bois synthétique fait de plastique recyclé. Son fondateur, l’ingénieur civil Joaquim Caracas, se dit fier d’avoir utilisé une technologie permettant de préserver les arbres, et du plastique destiné à la décharge.

Cet article est publié dans le cadre de www.solutionsandco.org , une initiative collaborative internationale rassemblant 20 médias business du monde entier mettant en lumière les entreprises changeant d‘échelle pour lutter contre le changement climatique.