DIEKIRCH
CLAUDE KARGER

Soil Concept développe une installation pour convertir le compost de boues d’épuration en gaz

ENERCOM, c’est du concentré technologique. Au sein du petit hall dans lequel le projet est en train de prendre définitivement forme sur le site «Fridhaff», la décharge près de Diekirch, le visiteur s’émerveille devant un enchevêtrement de machines, de conduites et autres installations en acier reluisant. Les travaux et tests sont allés bon train ces derniers mois, alors que l’installation doit démarrer en opération continue début 2016, selon Marc Demoulling, administrateur-délégué de Soil Concept SA, fondée en 1996. C’est ici que le compost obtenu depuis 2000 à partir du mixage de boues d’épuration, de déchets verts et d’écorces de bois sera transformé en gaz, ce dernier faisant fonctionner d’autres installations qui produiront de l’énergie thermique et électrique, mais encore des pellets industriels ainsi que d’autres produits dérivés. Ainsi, les cendres riches en phosphates restant tout au bout du processus pourront servir non seulement comme engrais de pointe, mais une autre fraction pourra substituer le ciment dans la production de béton.

Aller plusieurs pas plus loin

Aller plusieurs pas plus loin dans la valorisation des boues d’épuration, c’est donc l’idée d’ENERCOM, financé à hauteur de 5,2 millions d’euros notamment dans le contexte du septième programme-cadre européen de recherche et de développement technologique. Outre Soil Concept SA, sept partenaires sont à bord d’ENERCOM, dont un autre basé au Grand-Duché, les autres provenant d’Allemagne, d’Autriche, de la Belgique et de la Lituanie.

A l’heure actuelle, les quelque 9.000 tonnes de compost annuelles obtenues par Soil-Concept à partir du mélange de boues d’épuration - déjà traitées en amont - et de déchets verts sont utilisés comme fertilisants. 70% partent dans l’agriculture, les autres servent pour fertiliser des pelouses de toute nature par exemple ou à réhabiliter des sols pauvres. Voici quinze ans que Soil-Concept SA, née en 1996, collecte au «Fridhaff» environ 35% des boues d’épuration produites au Grand-Duché et des déchets verts dans d’énormes silos en béton qui peuvent stocker en tout 1.200 tonnes de chaque «mélange». Les silos, devant lesquels se déroule un ballet incessant de chargeurs et camions, les composants provenant des quatre coins du pays, sont aérés en permanence, la biomasse retournée, de façon à favoriser le processus de compostage.

Le travail des micro-organismes qui interviennent dans ce processus fait monter la température au sein des amas de mélange, une température qui monte à quelque 60 à 70 degrés, un moment où des micro-organismes thermophiles prennent le relais. La masse sèche et se minéralise. Au bout du processus qui dure plusieurs semaines: un fertilisant puissant ressemblant à du terreau.

Le défi de la gazéification

Mais comme l’explique Marc Demoulling, biologiste de formation, qui travailla dès les années 1984-85 sur l’installation des premières installations de biogaz au Grand-Duché, le compost a aussi une importante valeur énergétique: «Trois kilos, c’est l’équivalent d’un litre de gasoil». Le défi étant évidemment de mettre à profit cette caractéristique. Pour cela, il faut transformer le compost en gaz. Un compost qui doit d’abord renfermer moins de 15% d’humidité, ce qu’on n’obtient pas par séchage normal dans les silos. On aura donc besoin d’énergie thermique pour réduire l’humidité de la biomasse.

Le compost séché sera ensuite envoyé dans un gazéificateur à lit fluidisé dans lequel la biomasse sera gazéifiée à une température de quelque 950 degrés. Refroidi, le gaz, dont la composition pourra être altérée par l’injection d’autres substances dans le réacteur, sera injecté après lavage dans un moteur qui produira de l’énergie thermique et électrique.

«Les différentes technologies existent, mais le concept que nous avons mis en place pour les combiner afin de valoriser notre compost est unique», explique Marc Demoulling pour lequel l’installation présente une excellente opportunité de poursuivre la recherche par exemple sur les technologies de gazéification. On penserait même à ériger un centre d’excellence sur le site du «Fridhaff ».

Assez d’énergie thermique pour alimenter 1.200 maisons unifamiliales

Si le gaz est valorisé uniquement en chaleur, la production pourrait alimenter quelque 1.200 maisons unifamiliales sur un an. En plus, l’installation pourra produire quelque 4.000 tonnes de pellets par an, 2.800 tonnes de compost enrichi et permettra d’éviter jusqu’à 10.000 tonnes de CO2 par an. Si le projet s’avère concluant, le concept sera sans doute rapidement mis en œuvre ailleurs en Europe et dans le monde.

A noter qu’au «Fridhaff», les conduites destinées à alimenter le cas échéant une nouvelle zone industrielle voisine en gaz sont d’ores et déjà posées. Un signe de la conviction des porteurs du projet qu’ENERCOM sera un succès.

Pour plus d’informations: www.soil-concept.lu

www.solutionsandco.org