LUXEMBOURG
PHILIPPE LEDENT

L'analyse du samedi de Philippe Ledent, Senior Economist, ING Belgique

ING opère au Luxembourg depuis 1960

La banque au Lion

La banque au lion

Présente dans plus de 40 pays, ING est une banque mondiale qui dispose d’une forte base européenne et emploie 53.000 personnes (dont 900 au Luxembourg) qui sont au service d’environ 38,4 millions de clients. Opérant au Luxembourg depuis 1960 en tant que banque universelle et accessible, ses produits comprennent l‘épargne, les paiements, les investissements, les prêts et les hypothèques. Elle sert les clients particuliers ou de banque privée en ligne et par le biais de son réseau d‘agences. Pour ses clients institutionnels, elle propose des prêts spécialisés, des services de paiement et de gestion de trésorerie ainsi que des services pour les fonds.
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Les banques centrales continuent de lutter contre les conséquences économiques de la crise du Covid. Il est certes de plus en plus difficile d’assouplir encore les politiques actuelles, si ce n’est en faisant passer le message que les taux resteront très bas pour une période encore prolongée. Dans le cas de la Fed, cela passe par une modification de son objectif de politique monétaire. En bref, les banques centrales s’adaptent progressivement à une nouvelle normalité.

Changement d’objectif pour la Fed

Cet été, en lançant un exercice de mise à plat de sa politique monétaire, la banque centrale américaine avait prévenu qu’elle pourrait avoir, à l’avenir, une tolérance plus grande pour l’inflation. Elle a ensuite confirmé cette tolérance. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour en voir les premiers effets. Dans les nouvelles prévisions de son comité de politique monétaire, le taux directeur de la Fed serait maintenu à son niveau actuel (proche de 0) au moins jusqu’en 2024. Ce n’est pas une garantie, bien sur, mais juste une prévision, compte tenu des attentes en matière de croissance et d’inflation, et de l’objectif fixé. Bref, comme on pouvait s’y attendre, le fait que la Fed accepterait un niveau d’inflation légèrement plus élevé avant d’intervenir ne fait que retarder, encore, la perspective d’un relèvement de taux.
De son côté, la BoE laisse entendre qu’elle pourrait prochainement introduire des taux négatifs. Elle rejoindrait alors la stratégie de la BoJ (taux négatif à -0,1%) et de la BCE (taux de facilités de dépôts à -0,5%). On l’aura compris, l’univers entier des taux se retrouve à un niveau tout à fait inédit.
Une nouvelle normalité
Alors, quand peut-on espérer une normalisation des taux? La question est en fait mal posée. Peut-on en effet encore parler de normalisation, en référence à un passé de plus en plus lointain où en temps normal (entendez lorsque l’économie croît à son rythme potentiel), le niveau neutre des taux était au moins supérieur à 2%. Cela laissait de la marge pour l’abaisser en cas de coup dur, mais il pouvait aussi être drastiquement relevé en cas de poussée d’inflation. Or, les 10 dernières années ont montré que dans le meilleur des cas, une très bonne conjoncture prolongée donne à la banque centrale une petite fenêtre de tir pour relever ses taux, mais dans des proportions moindre que dans le passé. Partant d’un niveau très bas, cela ne laisse que très peu de marge pour intervenir lorsque le cycle se retourne. Dans certains cas, comme en zone euro, cette marge n’existe même plus, la période de bonne conjoncture ne permettant même pas de relever les taux. La «normalisation» est donc devenue un concept très relatif, tant la normalité elle-même a évolué.

Les taux ne sont pas morts, mais...

Derrière l’évolution de la stratégie des banques centrales, il y a donc clairement leur adaptation à une nouvelle réalité. C’était déjà le cas au Japon, où depuis longtemps, la politique monétaire est basée, de facto, sur l’assouplissement quantitatif et le «pilotage» de la courbe des taux et à l’acceptation d’un «overshooting» d’inflation, sans qu’une vraie hausse des taux ne soit pour le moment à l’horizon. La BCE prendra son temps avant de remettre la copie de sa nouvelle stratégie. Elle veut prendre le temps d’analyser la situation, d’y apporter les meilleures réponses et probablement aussi de trouver le meilleur compromis. Mais il ne fait pas de doute que le résultat de cet exercice ira dans le même sens: des taux bas, très longtemps, et le développement d’autres instruments pour malgré tout influencer l’économie. Les marchés ne s’y trompent d’ailleurs pas: épisodiquement, le taux EURIBOR à 3 mois passe sous la barre des -0,50% (qui est le niveau actuel du taux de facilité de dépôt), montrant que le marché s’interroge sur une possible baisse de taux supplémentaire de la part de la BCE.
En conclusion, la bonne question à se poser à présent n’est plus de savoir quand les banques centrales décideront de relever leurs taux, mais de savoir si on pourrait, à l’avenir, retrouver des conditions économiques (de croissance et d’inflation) permettant aux banques centrales de raisonner à nouveau dans un schéma plus classique de lutte contre l’inflation, car ce n’est plus vraiment le cas à présent. Et en attendant, tout comme les banques centrales s’adaptent à la nouvelle réalité, il faudra apprendre à raisonner dans un monde où les taux sans risque demeurent extrêmement faibles, voire négatifs.
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