CATHERINE KURZAWA

C’est aujourd’hui que le projet «Amnéville la Cité des Loisirs» se dévoile à la presse avec des investissements à sept voire huit chiffres destinés à donner un coup de neuf à ce qui est à mes yeux le «Las Vegas lorrain». Avec le concept Amnéville 2.0., les autorités locales entendent faire du site le leader des loisirs du Grand Est et doubler sa fréquentation à 6 millions de visites par an.

Pour y parvenir, les pelleteuses vont s’activer dès lundi prochain dans la création d’un espace piétonnier, de nouveaux emplacements de parking moins rudimentaires que ceux que l’on connaît mais aussi dans le retrait d’une ligne à haute tension qui transcende le paysage. L’objectif est clair: renouveler l’image de la destination et rafraîchir ses infrastructures pour attirer le public en nombre.

Ainsi, la salle de spectacles Le Galaxie va voir sa gestion être confiée à l’entreprise S-Pass, spécialisée en la matière. Quant aux Thermes, ils vont bénéficier d’une injection de 10 millions d’euros pour une cure de jouvence tandis que du côté du Snowhall, le nouvel exploitant aux commandes depuis fin 2018 prévoit 7 millions d’euros d’investissements pour booster la fréquentation d’un lieu où quelque 117.600 skieurs ont dévalé la piste en 2017.

Investir pour rénover fait du sens, mais ne vaudrait-il pas mieux réfléchir à la pérennité des différents concepts en place avant de vouloir à tout prix les maintenir à coup de pelles et de pinceaux?

Regardez le Zoo d’Amnéville par exemple: il croule sous une dette de plus de 50 millions d’euros et une polémique révélée à la fin de l’année dernière autour de la gestion de ses eaux usées et du sort réservé à ses pensionnaires décédés - dont certains comme son ours Olaf auraient finis découpés à la tronçonneuse (!). Son nouveau propriétaire, le fonds Prudentia Capital, promet 1,5 million d’euros d’investissements par an. Mais à l’heure où les zoos sont de plus en plus pointés du doigt par les mouvements de protection des animaux, quel est l’intérêt de conserver un outil qui, avec ses animations mettant en spectacle des animaux, s’apparente davantage au cirque qu’à un centre de préservation de la faune?

Quant au Snowhall - qui se targue d’être l’unique piste de ski intérieure de France, n’est-il pas temps qu’on se demande pourquoi cet outil est-il si seul? Son empreinte carbone a de quoi rendre un écologiste insomniaque et sa facture d’électricité a de quoi heurter le cœur des plus économes d’entre-nous, c’est un fait. Quel est l’intérêt en 2020 d’avoir une salle de ski couverte sur un crassier désaffecté?

Quant aux deux infrastructures thermales, elle se retrouvent en concurrence directe avec celles de Mondorf-les-Bains au Luxembourg, à quelques détails vestimentaires près, il faut bien l’admettre. Idem pour le casino.

Il est évident que cette zone de loisirs a un besoin urgent d’être modernisée. Mais les considérations éthiques, environnementales et commerciales doivent être étudiées de près pour éviter de faire pleuvoir les millions sans le retour escompté. Aujourd’hui, les loisirs figurent parmi les dépenses clés des ménages mais attention, leur horizon de comparaison n’a jamais été aussi large.