LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Un nouveau fonds dédié à l’agriculture basé au Luxembourg

Le Luxembourg a pris part au lancement d’un Fonds d’investissement pour l’entrepreneuriat agricole (Fonds ABC), en marge du 42ème Conseil des gouverneurs du Fonds international de développement agricole (FIDA), qui s’est tenu du 14 au 15 février dernier à Rome. L’objectif de ce fonds est de stimuler le développement économique et social en zones rurales via l’apport d’investissements aux micros, petites et moyennes entreprises (MPME) rurales et agricoles. Basé au Luxembourg, le Fonds ABC sera géré par un gestionnaire de fonds installé au Luxembourg, Bamboo Capital Partners.

Il s’agit d’un nouvel instrument de la finance durable qui s’inscrit dans la réalisation des objectifs ambitieux fixés par le Programme 2030 et les Objectifs de développement durable (ODD) dans les secteurs ruraux et de l’agriculture qui nécessitent une approche différente pour le financement de l’alimentation à travers un partenariat public-privé. Le Grand-Duché (engagé à hauteur de 5 millions d’euros) s’est associé à la Commission européenne (40 millions) et l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui a mis 4,5 millions d’euros sur la table. L’idée de cet instrument financier innovateur étant de servir d’effet de levier pour mobiliser des investissements privés pour la réalisation des ODD. L’objectif à dix ans est précis: le fonds devra avoir 200 millions d’euros en capital investi, avec 700.000 ménages bénéficiaires de ce fonds.

Un calendrier propice

Un objectif tout à fait atteignable selon Laura Foschi, directrice de l’institut de microfinance luxembourgeois Ada: «Les besoins sont là, c’est certain. Ce fonds arrive à point nommé car les PME dans les pays cibles ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) étaient jusque-là coincées dans un entre-deux. Ces structures sont trop grandes pour la microfinance, mais elles n’arrivent pas à intéresser les banques traditionnelles car encore trop petites». Les cibles sont particulièrement les jeunes et les femmes qui ont des difficultés à trouver des financements. «Il s’agit de combler un vide existant au sein de la finance inclusive. C’est aussi dans l’intérêt des acteurs de la microfinance qui suivent des clients qui se développent et qui deviennent trop gros pour de la microfinance», s’enthousiasme la directrice.

Pour cette dernière, alors même qu’Ada n’a pas de lien direct avec ce nouveau fonds ABC, cette initiative va faire converger les instituts de microfinance qui veulent suivre ces clients de PME mais aussi les banques traditionnelles qui envisagent d’investir dans la finance inclusive. Pour Laura Foschi, le calendrier est propice: «C’est une intiative très importante car elle est à haute valeur ajoutée. L’environnement commence à être propice, ce qui n’existait pas il y a encore dix ans. Des infrastructures se sont développées pour accompagner les PME, des accélérateurs ou incubateurs avec une assistance technique, il y a un gros potentiel». Des pays comme le Sénégal, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire ou encore le Kenya et l’Ethiopie sont en bonne place pour bénéficier de ce fonds ABC.

Mais qu’est-ce qu’on entend par PME dans ce type de pays? La réponse est multiple, mais Laura Foschi tente de faire un shéma-type: «Il y a différentes sortes d’entreprises agricoles bien sûr, mais on parle en moyenne de 10 à 25 employés, avec de 60 à 100.000 euros de chiffre d’affaires annuels. Les besoins pour un financement sont généralement des matières premières, des petites machines pour améliorer la production. Ce fonds devrait permettre de compléter les types d’intervention que nous faisons au sein d’Ada».