LUXEMBOURG
ENRICA PIANARO

Le 17 mai prochain, comme tous les 17 mai, la plupart des pays célébreront la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie (IDAHOT). Cette journée a été instaurée en 2005 par Georges-Louis Tin, activiste pour les droits des personnes homosexuelles et activiste anti-raciste, 15 ans après la suppression de l’homosexualité de la liste des maladies mentales de la classification internationale des maladies publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à savoir le 17 mai 1990. A ce jour, la transidentité y est toujours recensée, mais des changements sont prévus pour 2018. 

„Au Luxembourg comme dans d’autres pays, la transidentité et l’homosexualité (d’autres formes de sexualités non-normatives étant tout à fait invisibilisées) font de plus en plus partie du paysage social, médiatique et légal. Au Luxembourg, l‘égalité dans le mariage et dans l’adoption est acquise depuis 2015 et une loi „relative à la modification de la mention du sexe et du ou des prénoms à l‘état civil“ est en route (espérons-le avant la fin de la période législative actuelle). Donc tout va bien? L’homo- et la transphobie existent aussi encore chez nous, peut-être sous des formes plus implicites, mais cela n’enlève rien à la détresse et au mal-être auxquels sont confronté-e-s certaines personnes. Pour qui s’est intéressé aux revendications politiques de „Rosa Lëtzebuerg-CIGALE“ en vue des législatives en octobre pourra se faire une idée des chantiers actuels.

L’autre défi pour les années à venir - pour le monde associatif, ainsi que pour les institutions étatiques et politiques - sera de ne pas limiter les sujets LGBTIQ à une orientation sexuelle, une identité de genre ou à des caractéristiques sexuées. Déjà chaque lettre du sigle désigne des communautés qui ont des besoins et des revendications très variées et ne pas le reconnaître reviendrait à nier la pluralité des personnes LGBTIQ. Comme chaque être humain, elles sont traversées par l‘âge, le sexe, le handicap, la classe sociale, le genre, le niveau d‘études, le statut migratoire, des opinions politiques, des expériences de vie, etc.

La prise en compte du croisement de différents facteurs doit jouer un rôle dans la mise en place d’actions et de politiques qui se veulent innovantes. Des concepts-outils comme l’intersectionnalité, terme introduit par la juriste et féministe africaine-américaine Kimberlé W. Crenshaw, nous aident dans notre travail quotidien avec des personnes qui font face à de multiples vulnérabilités, comme par exemple les demandeurs-e-s de protection internationale homosexuel-le-s et/ou trans‘ ou encore l’invisibilisation des lesbiennes en termes de santé parce qu’elles sont femmes et homosexuelles.

La convergence des luttes est possible. Marielle Franco, politicienne brésilienne et activiste afro-féministe lesbienne des favelas qui s’est battue contre de multiples formes d’oppression et de violence en est un bon exemple. Elle a su mener une politique d‘“empowerment“ du peuple qui n’a pas plu à tout le monde. Elle a été assassinée le 14 mars 2018 pour son engagement.

Cette année, le slogan international de l’IDAHOT appelle à créer des alliances solidaires. Qu’en sera-t-il au Luxembourg? Les communautés LGBTIQ, aussi diversifiées soient-elles, pourront-elles compter sur leurs allié-e-s du monde associatif et politique… et cela au-delà des fins de mandats et au-delà des campagnes électorales?“