LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Année exceptionnelle pour EY Luxembourg qui est tiré par la partie audit

C’est un très bon cru qu’a présenté EY lundi lors de la présentation des résultats annuels. Comme l’année fiscale s’arrête au 30 juin, les résultats ont été peu impactés par le confinement des mois de mars et avril. Le groupe enregistre donc une croissance de 13% de son chiffre d’affaires, qui s’élève à 263 millions d’euros. Un bilan dont Alain Kinsch, Country Managing Partner jusqu’au 30 juin dernier, n’était pas peu fier: «L’année que nous venons de clôturer a été extraordinaire pour EY Luxembourg, qui a enregistré la plus forte hausse de son chiffre d’affaires depuis 2009». Il a depuis passé le relais à son successeur, Olivier Coekelbergs, Country Managing Partner à compter du 1er juillet dernier, qui a expliqué que le comité exécutif a été élargi car EY Luxembourg a tout simplement doublé de taille en une décennie. Si le plafond de verre demeure une réalité, Isabelle Nicks est la seule femme au sein du «Country leadership committee», le groupe a promu 6 femmes sur 17 nouveaux partners, «encore un long chemin avant la parité», a admis Olivier Coekelbergs.

C’est la partie audit qui tire vers le haut les résultats du groupe, avec une croissance de 16,5% cette année, une année record elle-aussi car l’audit a pris de l’ampleur ces dernières années pour devenir la locomotive d’EY, porté par les appels d’offres sur l’audit et la multiplication des services liés comme les conseils comptables et la lutte contre le blanchiment d’argent. Pourtant, le confinement a été décrété en pleine saison de clôture pour les auditeurs: «Nous avons néanmoins réussi à continuer à assurer nos services», explique Olivier Lemaire, Country Managing Partner pour le volet audit qui vit une transformation (digitale) de son métier: analyse de donnés, automatisation, robots, plateforme digitale etc.

Croissance de l’audit doublée en un an

C’est justement pour le volet audit qu’EY a beaucoup fait couler d’encre cet été avec le scandale Wirecard en Allemagne. 1,9 milliards d’euros évaporés dans la nature et EY Allemagne en charge de l’audit de la fintech pendant près de dix ans n’a rien vu. Une mauvaise publicité pour le groupe, mais Olivier Lemaire veut bien faire la différence entre les deux entités, aucune équipe luxembourgeoise n’a été envoyée sur le cas Wirecard au cours de ces dernières années, et pour le reste... Ce dernier renvoie la balle à la communication au niveau du groupe global, sans donner plus de précisions sur les fautes éventuelles commises et possibles dans ce genre de dossier. Le «Financial Times» a évoqué à la fin du mois de septembre que le cabinet d’audit aurait été averti par un lanceur d’alerte interne de possibles fraudes chez Wirecard, quatre ans avant la chute de la fintech. Plusieurs poursuites judiciaires sont intentées, ce qui pourrait résulter potentiellement en de lourdes amendes au niveau du groupe global. 

La croissance de l’audit a doublée en un an pour EY Luxembourg, passant de +11% (2018) à +8,8% (2019) au bond de cette année de 16,5%. Le volet fiscal se porte également très bien, 6,6% (2018) et 6,5% (2019) pour un bond de 12,1% cette année. A l’inverse, le conseil affiche une croissance négative, passant de +26,2% en 2018 à -7,3% cette année.

C’était à Laurent Moscetti, Country Managing Partner consulting, de justifier de la mauvaise nouvelle: «Après plusieurs années à forte croissance, nous avons vécu une année difficile avec la consolidation de plusieurs investissements». Si la pandémie n’a pas tellement eu d’impact sur EY Luxembourg globalement, le volet conseil invoque le report de projets en matière de conseil depuis avril en raison de la Covid-19, soit deux mois de manque à gagner sur une année fiscale.  

Côté fiscalité justement, le Country Managing Partner Bart Van Droopenbrock invoque les changements législatifs qui ont bien occupé les spécialistes de la firme. Notamment les projets BEPS de l’OCDE qui complexifient la gestion fiscale pour les entreprises, et ont de fait plus recours aux Big4 pour déchiffrer les nouvelles législations. Sans compter sur les entreprises qui ont fui le Royaume-Uni du Brexit et qui s’installent au Luxembourg ou dans le reste de l’Union européenne.