LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Pour son demi-siècle d’existence, l’APL élargit ses objectifs

Amitié Portugal Luxembourg asbl: pendant 50 ans, cette association fut un acteur important de l’intégration. Il ne le sera pas moins à l’avenir, mais a choisi de s’appeler désormais Amitié Plurielle Luxembourg asbl. Entretien avec son président Guy Reger.

Monsieur Reger, comment est née l’APL?

Guy Reger A la fin des années 1960, l’immigration portugaise au Luxembourg se renforçait alors que le secteur du bâtiment surtout recherchait des ouvriers. Ils avaient évidemment le désir de s’organiser entre eux pour trouver ensemble des solutions à leurs problèmes. Et il y en eut beaucoup. La langue et l’éducation surtout. Vous savez, jusque dans les années 1980, dans de nombreuses régions du Portugal, l’enseignement était loin d’être accessible et de nombreux Portugais n’ont pas eu la chance de terminer leur école avec les bases qui nous semblent essentielles aujourd’hui. L’intégration au Grand-Duché ne fut ainsi pas des plus faciles, d’autant plus que les droits des immigrés portugais étaient restreints. Le Portugal ne faisait pas encore partie de l’Union Européenne à l’époque, le regroupement familial était difficile.

Mais les immigrés ont trouvé des soutiens comme Lucien Huss et Carlos de Pina, les pères des «Amizades Portugal-Luxemburgo».J’aime citer l’auteur Max Frisch dans ce contexte: «Nous avons appelé des forces de travail, ce sont des hommes qui sont venus».

L’APL avait de fortes attaches dans les milieux catholiques, n’est-ce pas?

Reger C’est vrai. Il y avait des actions catholiques pour hommes dans lesquelles se retrouvaient beaucoup de Portugais. La religion était un lien fort entre leur pays et le Grand-Duché. Même si déjà à l’époque, l’exercice de la foi était très différent au Portugal qu’ici. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le journal «Contacto», créé par l’APL en 1970 a été repris en 1987 par le Groupe Saint-Paul à la suite des difficultés de l’association. Je me rappelle d’ailleurs bien le «Contacto» des débuts qui était bilingue, voire trilingue, avec des articles en français et une lection en luxembourgeois aussi. L’APL était aussi, jusqu’en 2012, co-coordinatrice du grand pélérinage de Fatima à Wiltz.

Les cours de langues étaient-donc parmi les premières activités de l’APL?

Reger En effet. Il y avait l’aide matérielle pour les immigrés, l’aide dans la recherche d’un logement, la valorisation des cultures lusophones et les cours de langues pour adultes. Aujourd’hui, nous comptons quelque 3.500 inscriptions par an pour des cours intensifs en luxembourgeois, français, allemand, anglais mais aussi portugais et italien. Mais nous proposons aussi des cours informatiques de tous niveaux.

Vous proposez aussi une bibliothèque...

Reger Tout à fait, il s’agit de notre librairie associative Interculturando. L’APL est aussi le fondateur de l’Association Inter-Culturelle qui co-organise notamment les soirées littéraires Millefeuilles.

... et un soutien psychologique, n’est-ce pas?

Reger L’APL a effectivement fondé une asbl qui s’appelle «Antenne Ecoute» au sein de laquelle des psychologues prennent en charge des personnes dans leur langue d’origine. Nous avons constaté un besoin pour ce type de service qui n’est offert nulle part ailleurs au Luxembourg alors qu’il est très important de franchir la barrière linguistique pour parler de choses très intimes.

Qu’en est-il de l’accompagnement des immigrés de première génération? Ont-ils des besoins
spécifiques?

Reger Oui. Parce qu’il y a un danger d’isolation. Voici des personnes désormais âgées dont les amis disparaissent peu à peu et dont les enfants sont pleinement intégrés dans la vie professionnelle au Luxembourg. Elles ont souvent du mal à se retrouver dans une structure de soins où elles ont quelques difficultés à s’exprimer et à s’intégrer.C’est pour elles que nous organisons toutes les deux semaines notre groupe seniors autour de projets communs comme la peinture par exemple.

Pourquoi l’APL change-t-elle de nom à présent?

Reger Dans les faits, l’ouverture de notre association est déjà une réalité depuis de nombreuses années. Nos cours et les autres asbl que nous avons créé sont accessibles à tout le monde. Des migrants d’autres horizons rejoignent le Luxembourg et ont également besoin de soutien pour s’intégrer. L’APL a même mis en place une structure pour réfugiés à Schieren et nous menons actuellement le projet Refugibrary, un projet de bibliothèque, de lecture et de rencontres pour demandeurs de protection internationale.

Le «Portugal» disparaît ainsi du nom de l’association. Vous avez essuyé des critiques à cause de ces changements?

Reger C’est le cas. Mais pas outre mesure. Les réactions que j’ai eues notamment au cours du récent Festival des Cultures, des Migrations et de la Citoyenneté ont été plutôt encourageantes. Nos décisions sont en quelque sorte le miroir de la réalité telle qu’elle se présente au Grand-Duché aujourd’hui. Soyez certain que l’APL n’oubliera jamais son histoire et aidera aujourd’hui comme demain tous ceux qui viennent frapper à sa porte.