LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Les Catalans du Luxembourg suivent de près l’actualité de la communauté

Dali, Miró et tant d’autres: la culture catalane rayonne à travers la planète. Le Centre Català de Luxemburg veille à la promotion de ce patrimoine et de cette langue. Mais la crise politique catalane braque les projecteurs sous un autre angle au-dessus de la communauté autonome. Arrivé au Luxembourg en 2001, Jordi Gairin est désormais le président du Centre Català de Luxemburg. Rencontre.

Qui sont les catalans du Luxembourg?

JORDI GAIRIN Si on tient compte de la Grande Région, on arrive environ à un millier. Ici au Luxembourg, on est plus ou moins 800. On les retrouve un peu partout. La grosse partie sont des fonctionnaires européens, maintenant il y a un décalage: beaucoup de gens sont venus en 1986 au moment de l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne. Mais beaucoup de ces gens-là sont en train de partir à la retraite. Il y en a qui rentrent en Catalogne, d’autres restent parce que leurs enfants se sont installés ici. Il y a aussi des gens qui sont arrivés suite à la crise de 2008. Ce sont des personnes qualifiées, qui travaillent surtout dans le domaine bancaire, mais aussi l’informatique et les communications par satellite.

Comment depuis le Luxembourg suivez-vous l’actualité en Catalogne? Avec le même attachement que sur place ou au contraire avec plus de distance émotionnelle ou critique?

GAIRIN Ici on a peut-être une vision un peu différente due à la distance et au fait que les gens qui sont toujours dans le milieu ont une autre perspective. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne suit pas l’actualité. Ici, on est dans un environnement plus multiculturel. On peut partager le point de vue avec d’autres nationalités, et même si elles ne sont pas similaires, on peut se comparer à la situation des Flamands en Belgique ou des Ecossais au Royaume-Uni. On a peut-être une vision plus globale ou plus multiculturelle. Et bien sûr on a beaucoup d’amis espagnols qui ont un autre point de vue.

Comment votre association se positionne face au mouvement indépendantiste catalan?

GAIRIN On est une association culturelle, notre but est de promouvoir la langue et la culture catalane ici au Luxembourg. Au niveau politique, on essaie de ne pas de se mêler parce que ce n’est pas notre but. Au Luxembourg, il y a aussi une filiale de l’assemblée nationale catalane (ANC), c’est l’une des associations civiles qui lutte pour l’indépendance. Et c’est à eux de s’occuper de cela. Au niveau de l’association, on essaie de donner la voix à tout le monde mais on ne prend pas parti pour l’un ou l’autre. Tout le monde est le bienvenu, tout le monde peut s’exprimer.

On parle aussi pas mal de la Catalogne avec les élections municipales à Barcelone et la candidature de l’ancien Premier ministre français Manuel Valls…

GAIRIN Oui (rires). Il a changé de parti et de position politique puisqu’il était à gauche au parti socialiste français et il rejoint un parti très à droite en Espagne. D’ici au Luxembourg, on n’a pas de voix pour les élections municipales, mais bien sûr, on suit ce qui se passe. C’est vrai que c’est un peu étonnant la candidature de monsieur Valls parce que si je comprends bien, il n’a jamais vécu à Barcelone ni même en Catalogne ou en Espagne. Et là, il se présente pour diriger la ville la plus importante de la Catalogne, c’est un peu étonnant de mon point de vue. Le truc choquant c’est la position de sa sœur: elle a toujours vécu à Barcelone, elle est plutôt indépendantiste. Mais le parti de son frère est anti-indépendantiste.

Vous êtes une association culturelle, et c’est vrai que le patrimoine culturel catalan est très riche. Comment assurez-vous la promotion de cette culture au Luxembourg?

GAIRIN On organise à peu près une quarantaine d’activités culturelles par an: des concerts, des conférences, des présentations de livres avec des auteurs, un cycle de cinéma, etc. Nous organisons aussi une journée gastronomique: on fait tous les ans un calçotada, un plat très populaire en Catalogne, avec une très bonne participation de la part du public luxembourgeois.
Aujourd’hui, on parle beaucoup de la Catalogne dans les médias comme étant une marmite politique très bouillante. Mais votre priorité, c’est la promotion de la culture catalane. Comment vous positionnez-vous dans ce contexte?

GAIRIN Nous, on continue comme d’habitude à organiser nos activités culturelles. On a peut-être eu une petite diminution des participants espagnols à nos activités due au conflit politique. Mais on essaie de continuer normalement. C’est vrai qu’on reçoit beaucoup de sollicitations et de questions de gens sur la Catalogne, mais on n’a pas une boule de cristal pour prédire le futur. Ici tout le monde est le bienvenu.

La Catalogne est aussi une destination prisée par les résidents luxembourgeois. Certains nostalgiques des vacances participent-ils à vos activités?

GAIRIN On organise aussi des cours de catalan et on constate que beaucoup de Luxembourgeois viennent suivre nos cours parce qu’ils ont une seconde résidence en Catalogne et veulent apprendre le catalan. On a aussi des couples mixtes qui désirent apprendre la langue de l’autre. C’est l’un des buts du centre catalan: de promouvoir la connaissance de notre langue, de notre culture et de créer des relations avec les Luxembourgeois.

La langue luxembourgeoise est une parlée par une population restreinte mais est intimement liée à une identité et une culture propre… Vous retrouvez-vous aussi dans le débat autour de la langue luxembourgeoise?

GAIRIN Oui. Le catalan est une langue parlée par plus de 13 millions de personnes dans quatre Etats: l’Espagne, Andorre, le Sud de la France et un petit village en Sardaigne où on parle le vieux catalan. Pour nous, c’est une revendication très importante: nous sommes la 10ème langue la plus parlée dans l’UE mais n’avons pas le statut de langue officielle. C’est une discrimination par rapport aux autres citoyens de l’UE car nous ne pouvons pas faire des démarches administratives dans la langue catalane ; parce qu’elle n’est pas une langue officielle. Je suis très reconnaissant de la problématique luxembourgeoise - même si je ne le parle pas. Je crois que le luxembourgeois devrait aussi être une langue officielle. Il y a un projet de reconnaissance qui est lancé. Ici, on aimerait organiser un cours de luxembourgeois avec un professeur catalan de naissance. On a commencé les démarches mais il y a tellement de demandes pour des cours de luxembourgeois qu’on n’a pas pu être agréés par le ministère.

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