ANDRÉ BIRGET

Le taux zéro ou négatif pénalise l’argent qui ne travaille pas, et qui donc, en ces temps difficiles, ne «mérite» peut-être pas de rémunération. La BCE, en manipulant la demande de titres et en créant une hyper-liquidité monétaire, met les épargnants de toute nature devant un choix cornélien: soit prendre un risque financier et réinjecter son argent dans le circuit économique réel, soit subir un appauvrissement durable.

En dépit de la liquidité monétaire et des taux punitifs induits par la BCE, l’amorçage d’un cycle de croissance et d’inflation (retour à moins de 2%, mais proche de ce niveau) est actuellement encore en échec. Ce phénomène, qualifié de trappe à liquidité, perdurera aussi longtemps que les acteurs économiques restent dans leur zone de repli, une prison de moins en moins dorée. Imperturbable, la BCE en remet donc une couche pour provoquer le basculement des comportements.

Il faut reconnaître que les freins et barrières à dépasser sont particulièrement tenaces en Europe. Migrer d’un modèle de financement de la croissance de «banco-centrique» et «état-centrique» vers un modèle responsabilisant tourné vers le marché financier est complexe et heurte des traditions souvent peu libérales et frileuses aux réformes. Les acteurs institutionnels de la finance, dont les assureurs et banquiers, soumis à la même BCE, mais cette fois sous son chapeau d’autorité de régulation, sont bridés dans leur prise de risques par une hyper-régulation calibrée sur un niveau particulièrement élevé, le «tail risk», tel que celui de la crise financière globale de 2008. Ceci empêche de redéployer les moyens nécessaires pour retrouver une «normalité» d’avant-crise. L’investisseur privé, couvé par une régulation protectrice et tétanisé par les volatilités boursières récurrentes, est également difficilement mobilisable pour aller de l’avant. Davantage de flexibilité régulatoire serait souhaitable. L’obtenir, dans le climat politisé actuel, semble peu réaliste.

Une vertu collatérale de l’hyper-liquidité créée par la BCE a néanmoins été d’éviter la dislocation des spreads souverains entre pays cœurs et périphériques de l’Euro. Ceci est fondamental pour permettre un financement à prix acceptable des montagnes de dettes accumulées avant 2008 et surtout après. La fragmentation des marchés est toujours telle que la BCE joue un rôle essentiel pour recycler les déséquilibres de paiements et faire le «brassage» des dettes politiques de la zone Euro, rôle qui répond au «whatever it takes» pour sauver l’intégrité de l’Euro.

L’horizon politique 2016/2017, marqué par des échéances électorales difficiles et la négociation du Brexit, dans une Europe politique fragilisée, offre des perspectives peu favorables à une relance – de et par – la confiance. Ne négligeons cependant pas la force des facteurs fondamentaux, dont les taux bas (malgré leur effet ambivalent), le pétrole bon marché et les formidables effets de l’innovation digitale, pour finalement prendre le dessus sur la sinistrose ambiante.

Foyer S.A.

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