LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Consacrer de courtes vacances à une bonne action peut se révéler contre-productif

Les occidentaux que nous sommes sont pétris de bonnes intentions. Visiter un pays pauvre, oui, mais pourquoi ne pas se rendre utile quelques jours au lieu de se prélasser à la plage? C’est la réflexion que se font de plus en plus de vacanciers, et un vrai business du «volontourisme», mot-valise à mi-chemin entre le tourisme et le volontariat, a vu le jour. Surtout pour le pire. Faux orphelinats, projets farfelus sans portée durable, communautés locales sous perfusion continue, le volontourisme est une plaie qui frappe les pays du tiers-monde. Avec un peu de réflexion en amont de son voyage, il est facile d’échapper aux pièges du volontourisme et profiter de son séjour sans que cela soit aux dépens des populations locales.

Lëtzebuerger Journal

Les plaies du volontourisme

Les ONG attirent l’attention des voyageurs sur cette nouvelle forme de séjour


C’est l’ONG ECPAT, qui lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, qui a organisé récemment une semaine de sensibilisation avec une conférence dédiée au volontourisme. Le but est que les jeunes, qui veulent se sentir utiles lors d’un séjour à l’étranger, réfléchissent bien en amont à leur voyage.

Le volontourisme, qu’est-ce que c’est?
Fabienne Becker, chargée de projets chez ECPAT Luxembourg, donne une définition: «C’est un mélange entre volontariat et tourisme, si les deux notions séparées sont intéressantes, le volontourisme ne l’est pas». Il s’agit d’une action caritative pendant ses vacances. Exemple au Cambodge où il est possible de visiter des temples le matin, puis de donner des cours dans une école l’après-midi. Des agences spécialisées proposent des séjours clé en main pour les touristes. Problème, ces séjours sont avant tout adaptés aux voyageurs, et pas du tout aux enfants qui voient défiler chaque semaine des «professeurs» sans aucune compétence et surtout sans qu’aucune vérification n’ait été faite en amont.

Le phénomène est-il récent?
Le terme existe depuis les années 90. Dans les années 80, les organismes étatiques organisaient ce type de séjour, ils étaient beaucoup moins accessibles. La demande des jeunes a augmenté, alors l’offre d’instituts étatiques, religieux ou encore d’ONG ont suivi. Ils ont ouvert un peu la porte, mais toujours sur candidature et avec un encadrement.
Ce sont les années 2000 qui ont bouleversé le marché: «avec internet, il a désormais été possible pour les touristes de faire leur choix parmi tous les projets. Il était désormais possible de partir en seulement quelques clics, sans aucune préparation sur la destination ou le projet sur place. Des agences de tourisme se sont impliquées alors qu’elles n’ont aucune expérience de l’humanitaire, et qu’elles ne peuvent pas juger si un projet est pertinent ou pas», raconte Fabienne Becker. Des touristes complètement novices se retrouvent à construire des murs ou encore une école. Le «travail» effectué la journée doit être complètement refait pendant la nuit, car il est difficile de s’improviser maçon...

Quels sont les risques?
C’est une thématique portée par ECPAT depuis plusieurs années déjà. Sans aucune vérification, des agences mettent des touristes en présence d’enfants, ce qui est potentiellement la porte ouverte aux pédophiles et aux abus. «La protection des enfants n’est pas toujours assurée. Aux Pays-Bas on estime que 15 à 20% des abus sexuels commis à l’étranger le sont lors de séjours de volontourisme», explique Fabienne Becker. Sous la pression des ONG, des critères ont été mis en place pour les opérateurs touristiques, notamment un label contre l’exploitation des enfants. Ces critères sont stricts: pas de volontourisme en orphelinat, un casier judiciaire obligatoire ainsi qu’une préparation au voyage sont demandés.

Les enfants aidés sont-il vraiment nécessiteux?
Il faut souligner le business lucratif des faux orphelinats. Certaines structures d’accueil ont été créés de toutes pièces. On promet aux parents un avenir meilleur pour les enfants qu’on arrache à leurs familles. Ces derniers doivent faire alors semblant d’être orphelins auprès de volontaires qui changent chaque semaine. C’est également un cercle vicieux indique Fabienne Becker, car «plus le centre a l’air pauvre et délabré, plus les volontaires ont pitié et sont susceptibles de faire une donation. Au Népal par exemple le problème est devenu très important car les orphelinats ont poussé comme des champignons, uniquement dans des zones touristiques».