LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les fédérations patronales saluent l’action du gouvernement mais en attendent plus

Les différentes formes d’aides financières pour garder à flot les entreprises ont été annoncées la semaine dernière par le gouvernement. Il faut faire vite, car les entreprises souffrent d’un manque de liquidités, surtout pour celles qui ont dû fermer leurs portes. Les différentes fédérations rapportent que sur le terrain, malgré les couacs du début, les aides ont fini par arriver. Entre chômage partiel des employés, aides directes, garanties bancaires, il faut pouvoir faire le tri et bénéficier des aides selon chaque cas. Du côté de la Confédération luxembourgeoise du commerce (clc), secteur très touché, les initiatives se multiplient, mais elles ne compensent pas la perte d’activité: «Le chômage partiel a commencé à arriver, les dossiers ont été finalement traités malgré des difficultés au démarrage», estime Nicolas Henckes, directeur de la clc.

Pour les commerces, la problématique du loyer se pose pour beaucoup. Si certains propriétaires se montrent compréhensifs, ce n’est pas le cas de tous: «Nos retours de terrain sont très diversifiés. Certains propriétaires ont annulé le loyer du mois d’avril, d’autres sont dans l’expectative mais laissent les commerçants dans l’incertitude, d’autres ont concédé à des remises mais il est difficile d’en mesurer l’ampleur. Il ne faut pas oublier que certains propriétaires ont besoin de ces loyers pour rembourser leur emprunt», poursuit-il.

Si les fermetures définitives ne sont pas encore à déplorer, Nicolas Henckes n’est pas très optimiste: «Certains secteurs sont dans une situation très difficile, même avec les aides. Oui il y a un report de charges, mais cela ne compensera pas une perte de chiffres d’affaires net. Sans compter que certains n’ont pas de marge suffisante pour financer des crédits. Aujourd’hui des commerçants calculent combien de temps ils vont pouvoir tenir à ce rythme et si cela vaut le coup de s’endetter. Des entreprises avaient investi juste avant la crise, c‘était la bonne chose à faire pour eux, mais aujourd’hui la crise arrive au plus mauvais moment», souligne le représentant d’un secteur qui concerne 100.000 employés environ au Luxembourg.

«Les aides sont mal comprises par les entreprises»

Même son de cloche à la Chambre de Commerce où le directeur Carlo Thelen observe que peu de demandes d’aides aient été traitées: «Les aides sont mal comprises par les entreprises, surtout celles qui sont remboursables, donc il y a peu de demandes. Et je les comprends, car même si les intérêts sont très bas et que l’Etat garantit, les chefs d’entreprise ne savent pas de quoi l’avenir sera fait et ont peur de ne pas pouvoir rembourser ces aides. C’est d’autant plus vrai pour celles qui ont fait des investissements avant la crise. Elles se portaient très bien, mais aujourd’hui même avec les 85% de garantie de l’Etat, les banques risquent de ne pas suivre», estime ce dernier.

Romain Schmit, secrétaire général de la Fédération des artisans, reconnaît lui aussi avoir été un peu perdu face aux aides remboursables: «Les aides arrivent à bon port, mais encore faut-il bien comprendre de quoi il s’agit. Moi-même j’ai dû m’entretenir avec le ministre pour bien comprendre. Les 500.000 euros d’aides remboursables, il a été pris comme exemple les montants de loyer et les salaires des employés, mais pour les artisans ce n’est souvent pas ça le plus coûteux. Mais il s’agit d’exemples, en réalité le montant est à utiliser selon son activité, cela mériterait des explications un peu plus claires», estime ce dernier.

Dans l’ensemble, les représentants patronaux reconnaissent cependant que le gouvernement luxembourgeois a réagi rapidement et que les aides arrivent dans ces conditions exceptionnelles: «Le gouvernement a complètement changé d’approche. D’habitude le dossier est soumis, le traitement est fait avec un contrôle, là c’est un nouveau monde et le nombre de dossiers à traiter est énorme d’un seul coup», estime Romain Schmit.

«C’est potentiellement tragique pour les TPE»

Mais même avec cet arsenal d’aides, Carlo Thelen est persuadé que cela ne va pas suffire pour endiguer cette crise sans précédent: «En 2008 il s’agissait d’une crise financière, cela n’empêchait pas les gens de consommer, contrairement à aujourd’hui où tout est à l’arrêt. Et c’est potentiellement tragique pour les TPE car il est très difficile pour elles de s’endetter. La situation est inédite et il faudra plus pour aider les entreprises à survivre au mois de mai. Les aides remboursables c’est bien, mais il faudra plutôt accentuer sur les aides non remboursables pour donner une bulle d’oxygène aux entreprises et éviter des faillites en masse».

Des faillites, il n’y en a pas encore non plus du côté de l’Horesca, un des secteurs les plus touchés par la crise. Le secrétaire général François Koepp assure que les premières aides sont arrivées et se veut confiant: «Les entreprises ont reçu l’aide directe de 5.000 euros, c’est bien, surtout pour les petits. Quant au chômage partiel, c‘était un peu la cacophonie au début, mais l’acompte pour avril a été versé, nous attendons mars maintenant. C’est sûr qu’avec 14.000 demandes à traiter je comprends que cela prenne du temps, mais le temps c’est justement ce que ces entreprises n’ont pas. Ces dernières sont pressées, avoir un accusé de réception pour leur dire que leur dossier va être traité pourrait les rassurer». Ce dernier encourage les entreprises à opter pour les aides de l‘état remboursables, «à un taux très avantageux de 0,5% qui ne commencera à être remboursé qu‘à partir de l’année prochaine», pour stimuler les liquidités de ces entreprises qui doivent rester coûte que coûte à flot: «C’est dans l’intérêt du gouvernement que ces commerces ne fassent pas faillite, car le coût final serait encore plus important», estime le représentant du secteur. Mais avec un confinement qui va très probablement durer plus longtemps pour l’Horesca, François Koepp prédit de nouvelles aides massives à venir: «La reprise va être très longue puisque nous serons les derniers à réouvrir, peut-être dans trois mois? Sans aides massives directes nous n’y arriverons pas, mais nous négocions actuellement avec le gouvernement pour mettre tout cela en place, tout ce que l’on sait c’est que rien ne sera comme avant».