RABAT
STÉPHANIE JACOB, L’ECONOMISTE

Le premier hub industriel de bio-intrants en Afrique s’attaque à l’Europe

Rabat S’engager à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), c’est s’engager à limiter l’usage d’engrais azotés en agriculture. La raison? Ces engrais augmentent fortement le taux de gaz à effet de serre émis par les sols, contribuant au changement du climat. Parmi eux, il y en a un dont on parle peu: le protoxyde d’azote (N2O) qui, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l‘évolution du climat (GIEC), est le troisième plus important gaz à effet de serre rejeté dans l’atmosphère. Il présente un pouvoir de réchauffement global 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2). Il provient des activités agricoles, de la combustion de la biomasse et des produits chimiques, comme l’acide nitrique.

Une problématique d’autant plus forte que le protoxyde d’azote, qui représente plus de 70% des émissions mondiales produites en agriculture, subsiste près de 120 ans dans l’atmosphère. Alors, de plus en plus d’acteurs de l’industrie se tournent aujourd’hui vers des solutions alternatives comme les bio-intrants pour limiter l’usage d’engrais azotés. C’est le cas du groupe suisse Éléphant Vert, créé par la fondation Antenna Technologies, dont le développement ne cesse de s‘étendre. Son créneau: la production d’engrais, fertilisants, biostimulants et biopesticides organiques et économiquement rentables fabriqués à partir de microorganismes sélectionnés dans la nature.

Sa première filiale a été ouverte au Maroc, il y a sept ans, pour devenir ensuite le premier hub de bio-intrants en Afrique. C’est dans ce pays que le groupe est né officiellement et a réalisé ses principaux investissements industriels avec deux usines; une pour les biopesticides, spécialisée dans la production de micro-organismes et bio-stimulants, et une autre dédiée aux biofertilisants, pour la valorisation et recyclage des sous-produits agricoles. Afin de promouvoir et vulgariser ces méthodes, le groupe s’appuie sur sa Clinique des plantes (CDP) fondée à Meknès en 2014. A travers cette clinique, Eléphant Vert a déjà formé des milliers d’agriculteurs marocains, soit pour le compte de leurs clients directs, soit dans le cadre de missions pour accompagner divers organismes agricoles officiels. Récemment, la CDP s’est dotée d’un laboratoire d’analyse et de contrôle qualité, accrédité par le ministère marocain de l’Agriculture.

Grâce aux diversifications entreprises, le groupe a réussi à être présent sur l’ensemble de la chaîne agricole. Son ancrage sur le continent africain s’est matérialisé grâce à l’ouverture de quatre filiales au Mali, Kenya, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le groupe ayant atteint sa vitesse de croisière en termes de croissance sur le continent africain, c’est désormais l’implantation en Europe qu’il cherche à consolider avec l’acquisition de PME innovantes, comme Or Brun et Xurian Environnement en France.
Cet article est publié dans le cadre de Solutions&Co, une initiative collaborative internationale rassemblant 20 médias business du monde entier mettant en lumière les entreprises changeant d‘échelle pour lutter contre le changement climatique.