LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Anastasia Melachrinos décomplexifie l’économie grâce à des infographies

Elle n’a que 21 ans mais Anastasia Melachrinos a déjà un parcours bien rempli: au départ de son blog à succès «L’éco en schémas» où elle décomplexifie l’économie sous forme d’infographies, l’étudiante en économie à Sciences Po a aussi écrit le livre «L’éco en 40 schémas» avec le professeur en économie Rémi Jeannin. Invitée par etika et ATTAC Luxembourg vendredi, la conférencière a présenté deux de ses infographies: l’une consacrée aux obligations vertes («green bonds») et l’autre aux accords de Bâle. Rencontre.

Comment vous est venue l’idée de clarifier des sujets économiques à priori complexes?

ANASTASIA MELACHRINOS Initialement, j’étais passionnée d’économie depuis le lycée mais également de graphisme et j’avais une grande envie de transmettre mes connaissances aux autres. Et c’est dans ce cadre que petit à petit, j’ai fait des schémas pour mon propre compte et pour le compte de mes camarades. Par la suite, j’ai eu l’idée d’en faire un site pour les rendre accessibles à tous parce que j’avais fait quelques tests et ça plaisait pas mal. Et c’était assez utile, ça n’existait pas forcément, c’était quand même une innovation dans l’enseignement de l’économie et de la finance.

Et vous faites tout vous-même?

MELACHRINOS Tout, de A à Z. Initialement il y a la recherche d’informations sur les sujets traités. Bien sûr je traite de sujets que je connais un peu initialement donc je lis des livres pour me renseigner, j’écris et ensuite je crée. Je fais toute la partie graphisme également.

Sur le site, il arrive d’avoir des économistes avec qui je travaille sur le fond du schéma, en amont de la création graphique et qui sont spécialisés dans le sujet abordé. Du coup, on a décidé avec la maison d’édition (Delagrave, ndlr.) d’avoir comme co-auteur un professeur de classe préparatoire en économie qui puisse en quelque sorte «crédibiliser» l’ouvrage. J’en avais vraiment besoin aussi parce que je suis quand même jeune et j’avais besoin de ses connaissances à lui qui a quand même beaucoup plus d’expérience que moi.

Vous présentez à Luxembourg une infographie sur les «green bonds», un sujet très suivi sur la place financière. Mais pour le grand public, ces produits peuvent parfois être vus comme du «green washing». Comment vous positionnez-vous par rapport à cela?

MELACHRINOS De la part des banques notamment, ça peut être vu comme du «green washing». Je ne suis pas tout à fait d’accord personnellement, puisque je pense qu’il y a des efforts qui sont faits dans le domaine. Le fait qu’il y ait des banques comme le Crédit Agricole qui joue l’intermédiaire avec les «green bonds», cela prouve qu’il y a des choses qui sont faites par ces institutions financières qui certes, selon le rapport d’Oxfam financent des énergies pas très renouvelables… Je ne pense pas que ça soit du «green washing».

Une infographie est figée dans le temps, alors que les sujets que vous traitez évoluent dans le temps. Je pense notamment au bitcoin dont le cours a drastiquement chuté en un an. Est-ce que vous envisagez une mise à jour de vos infographies?

MELACHRINOS Oui tout à fait. Je travaille beaucoup sur les questions des cryptoactifs et oui, une mise à jour est prévue. Aujourd’hui, il n’y a pas seulement le bitcoin: il y a beaucoup d’autres cryptoactifs qui se sont développés dans cet écosystème qui est devenu assez grand et je pense que dès que les choses se seront justement stabilisées dans ce cadre-là -, parce que c’est en pleine évolution avec le cadre règlementaire, avec la loi pacte sur la règlementation sur les ICO, - je ferai la mise à jour.

De plus en plus, le défi de l’éducation financière se pose pour les plus jeunes générations. Vos infographies permettent de pallier ce manque. Recevez-vous des sollicitations pour répondre à cela?

MELACHRINOS Oui, beaucoup de sollicitations d’une part de la part de professeurs d’économie eux-mêmes qui sont au lycée ou en classe préparatoire et qui me font part quasiment tous les jours d’e-mails me disant que mes infographies sont très utiles pour leurs cours, qu’elles accompagnent leurs cours que ça soit des cours hyper-mathématisés à l’université ou des cours simples comme ce qu’on enseigne en Terminale (la Première au Luxembourg, ndlr.). Et d’autre part, des institutions publiques m’ont fait part de leur intérêt de collaborer avec moi dans le cadre de mes schémas tels que la Banque de France pour qui, à partir de février, je produirai les vidéos pédagogiques, des animations, etc. Parce que la Banque de France a un pôle pédagogique qui s’appelle la Cité de l’économie - qui va faire d’ailleurs un musée de l’économie qui ouvre en juin. Et dans ce cadre-là, on collabore.

Vous êtes encore aux études mais vous travaillez déjà. Comment conjuguez-vous les études avec cette vie professionnelle?

MELACHRINOS C’était un choix dès le départ. Je ne pensais pas qu’il y aurait un tel succès, certes, mais c’est un choix et disons que je suis passionnée du sujet donc, ça me permet aussi d’enrichir mes études avec mes connaissances personnelles, de me faire un réseau en quelque sorte. Je profite souvent de ce que j’apprends dans le cadre de mes études pour le faire en infographie et l’utiliser pour mon travail. Je fais des études d’économie et je travaille dans l’économie donc, c’est assez facile de conjuguer les deux.

Vous avez encore du temps pour créer de nouvelles infographies malgré toutes les sollicitations?

MELACHRINOS J’essaie (rire). C’est difficile, je l’avoue, mais je suis assez déterminée et j’aime ce que je fais et c’est le principal. C’est pour cela que je continue aujourd’hui à faire cela.


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