LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Une enquête de terrain montre que les acteurs économiques sont inquiets face à l’avenir

L’économie tourne au ralenti, c’est un fait, mais qu’en est-il pour les entreprises concrètement sur le terrain? La Chambre de Commerce a rassemblé les forces des grandes fédérations professionnelles (ACA, ABBL, CLC, Fedil et Horesca) pour faire remonter les informations du terrain à travers une enquête menée du 8 au 15 avril dernier auprès des dirigeants d’entreprises au Luxembourg, 2.574 ont répondu. Sans surprise, l’enquête montre que les entreprises sont très durement touchées, que les liquidités leur font rapidement défaut et que les aides directes actuelles ne suffisent pas pour tenir compte des situations délicate individuelle, surtout de celles impactées par une fermeture partielle ou complète. «Un prolongement et une extension des mesures d’aides s’avèrent indispensables pour limiter les effets néfastes de la crise sanitaire sur l’environnement socio-économique du pays», estime la Chambre de Commerce.

Selon les résultats de l’enquête, plus de la moitié des entreprises ont dû arrêter complètement leur activité. Ainsi 58,5% déclarent que leur activité a été complètement arrêtée, soit en lien direct avec la décision du gouvernement d’interdire certaines activités (41,3%), soit sur initiative personnelle (17,2%) après constat de l’effritement de la demande ou de l’impossibilité d’exercer l’activité «à distance».

Des entreprises à effectifs réduits

Pour les entreprises où une activité a pu se maintenir (41,5% des répondants), l’un des problèmes majeurs, rencontrés par 60% d’entre-elles, est la nécessité de fonctionner à effectif réduit, voire très réduit. Avec la fermeture des écoles, une grande majorité de parents n’a pas eu d’autre choix que de rester à la maison et opter pour le congé pour raison familiale. Plus de la moitié de ces entreprises se sont retrouvées à tourner, partiellement ou totalement, avec un effectif réduit de plus de 40%. Certaines entreprises ont également recours au télétravail pour leurs employés afin de continuer l’activité en toute sécurité pour les employés. Un peu moins d’un quart des entreprises répondantes ayant continué leur activité ont réussi à faire travailler 100% de leur effectif à distance. Sans surprise, ce sont surtout les entreprises issues des secteurs de la finance, des assurances et de l’information et de la communication qui ont pu le mieux s’organiser pour permettre à leurs employés de faire du télétravail. Plus de 60% des répondants de ces secteurs déclarent que plus de 80% de leurs salariés travaillent à distance.

Mais le télétravail est loin d’être possible pour tous les secteurs. Dans un peu plus d’un quart des cas, la part de télétravailleurs est au contraire très faible (0 à 10%). Ceci est particulièrement le cas dans le secteur du commerce non-alimentaire: 46% des répondants de ce secteur déclarent que moins de 10% de leurs salariés peuvent travailler à distance. Les entreprises qui ont pu poursuivre leur activité ne sont cependant pas tirées d’affaire pour autant. 27,3% des répondants dont l’activité s’est poursuivie au moins partiellement déclarent une perte de chiffre d’affaires comprise entre 0 et 20%, ils sont plus de 40% à déplorer une perte d’au moins la moitié de leur chiffre d’affaires. Dans la majeure partie des cas (54,7%) les pertes de revenus sont liées à des reports de projets ou commandes, mais il s‘agit d’une perte sèche dans 35,1% des cas.

Plus de réserves à partir du 1er mai

Cette situation a un impact important sur les liquidités, 27% des répondants déclarant être à court de réserves depuis le 15 avril. 72% des répondants du secteur de l’Horeca déclarent qu’ils n’auront plus de réserves à partir du 1er mai.

Sur l’ensemble des entreprises ayant accepté de répondre à la question «A combien estimez-vous votre besoin mensuel en liquidités pendant cette crise?», tous secteurs confondus, celles-ci ont un besoin médian mensuel de 18.000 euros. A noter que 5% des répondants ont un besoin mensuel de plus de 350.000 euros.

Pour pallier à ce manque de rentrées d’argent, le recours au chômage partiel est la mesure la plus utilisée par les entreprises répondantes à l’égard de leur personnel. Au moment de l’enquête (du 8 au 15 avril), les licenciements pour raison économique sont encore relativement exceptionnels. Plus de 50% des répondants comptent solliciter le chômage partiel, les aides non remboursables, les annulations d’avances ou le report des paiements d’impôts et les mesures au niveau des paiements des cotisations sociales.

Pour la plupart des répondants, les mesures prises jusqu’ici par le Gouvernement, ne suffiront pas à les aider à surmonter la crise. L’incertitude sur l’avenir règne majoritairement, les secteurs les plus inquiets étant l’Horeca, la construction, l’information et la communication, et le commerce non-alimentaire. Le problème est que la plupart des entreprises interrogées ne font pas partie de celles qui vont pouvoir reprendre prochainement leur activité, selon le calendrier de déconfinement présenté par le gouvernement.

La Chambre de Commerce estime que les aides actuelles ne vont pas suffire pour les entreprises qui ne vont pas pouvoir reprendre leur activité dans les prochaines semaines.

Cette dernière plaide pour un arsenal additionnel de mesures à mettre en œuvre à court terme, basé sur le prolongement des aides actuelles pour les entreprises qui ne sont pas autorisées à ouvrir et celles dont l’activité reste très impactée du fait de la crise sanitaire. Les secteurs du commerce non-alimentaire et de l’Horesca, particulièrement touchées, devraient être prioritaires selon la Chambre de Commerce qui évoque un allongement des mesures de chômage partiel et des différents régimes d’aide en cours.