CATHERINE KURZAWA

Des fastes de l’Elysée en passant par les honneurs de la garde républicaine, le Grand-Duché a été gâté par ses voisins lors de sa visite d’Etat cette semaine, la première depuis 40 ans. De l’autre côté, on retiendra de ce voyage la commande de cinq hélicoptères passée à Airbus - en arrivant à Toulouse avec un Boeing, il fallait oser tout de même! Les quatre accords signés mardi lors du séminaire intergouvernemental auront également marqué la visite, notamment en ce qui concerne le volet de la fiscalité et celui de la mobilité. Si d’un côté le Luxembourg ouvre une enveloppe de 120 millions d’euros pour co-financer l’amélioration du rail côté lorrain et la construction de trois P+R, des réactions négatives se sont faites entendre chez les élus locaux notamment, qui attendaient davantage de générosité de la part du Grand-Duché.

Pourtant, le Luxembourg permet à 90.000 familles de bénéficier de revenus largement supérieurs à la moyenne du côté lorrain. Le Grand-Duché octroie par ailleurs une sécurité sociale, des allocations familiales et dans certains cas des bourses d’études. Alors, certes, la vie de résident en France n’est pas des plus agréables avec les problèmes de mobilité. Mais ce sont des obstacles que rencontrent aussi bien les autres frontaliers et même certains résidents excentrés. En France aussi, combien de salariés en poste à Paris choisissent de vivre en banlieue et de faire la navette tous les jours? S’éloigner de son lieu de travail à cause des prix de l’immobilier est une pratique qui existe partout dans le monde, c’est un fait. Quant à la fiscalité, certains jugent trop faible le seuil de 29 jours établi pour l’imposition au Grand-Duché du travail presté au-delà de ses frontières. Clairement, il ne répond pas au souhait du vice-Premier ministre Etienne Schneider de permettre un jour de télétravail par semaine. En revanche, je fais partie de ceux et celles qui voient le verre à moitié plein: 29 jours, c’est dix jours de plus que les frontaliers allemands et cinq jours de plus que les frontaliers belges.

Maintenant, il faut bien admettre qu’après avoir vécu des années sans limite établie en la matière, cela fait un peu mal de se dire que le télétravail sera plafonné à 29 jours pour les frontaliers français sous peine de devoir être imposés dans l’Hexagone.

Mais le verre à moitié plein reste en moi. Après tout, en tant que Belge établie au Luxembourg, il est à mes yeux inimaginable que le Luxembourg parvienne à conclure un accord avec le gouvernement belge pour co-financer des aménagements sur le rail outre-Kleinbettingen. Les frontaliers belges peuvent seulement se contenter de bénéficier de la gratuité des parkings de la SNCB offerte par celle-ci, tandis que le Luxembourg a mis la main au portefeuille pour diminuer un peu le prix de leur abonnement ferroviaire. Et les chiffres valent mieux qu’un long discours: alors que les frontaliers Français sont deux fois plus nombreux que les Belges, ils sont 10.000 à prendre le train pour venir travailler au Luxembourg. Du côté belge, ils sont 2.100 à peine. Bref, la mobilité semble avancer plus vite entre Luxembourg et Metz. Et ça, c’est encore une preuve qui me fait pencher pour le verre à moitié plein.