LUXEMBURG
AUDREY SOMNARD

Epinglé par Greenpeace, le fonds de pension répond être dans les clous

Pas assez vert? C’est ce que reprochait mercredi l’organisation écologiste Greenpeace au fonds de pension souverain luxembourgeois (Fonds de Compensation, FDC) qui continuerait selon elle d’investir dans Shell, Total, BP, Chevron, Equinor, Fortum et «d’autres entreprises de combustibles fossiles, bien qu’il se prétende “vert”».

Une analyse de Greenpeace du rapport annuel des investissements du FDC en 2019 montre un «contraste frappant avec les affirmations publiques du FDC, selon lesquelles une grande partie des 19 milliards d’euros provenant des cotisations sociales des employés du secteur privé répond à des critères d’investissements durables et socialement responsables», indique l’organisation dans un communiqué.

Le FDC, contacté par nos soins, estime lui que «les gestionnaires mandatés qui gèrent des fonds de manière active doivent prendre en compte une approche d’investissement durable, ESG ou similaire». 335 millions d’euros y étaient investis à fin 2019, indique le FDC. Un goutte d’eau comparé aux 19 milliards d’euros gérés par le FDC. LuxFLAG a décerné 10 certifications “ESG” ou “Environnement” au FDC. Ces certifications couvrent plus que 70% des valeurs mobilières gérés de manière active au sein de la SICAV du FDC, soit quelque 6,7 milliards d’euros», poursuit le FDC dans sa réponse au «Journal».

Une analyse climatique détaillée

Par le biais de sa liste d’exclusion s’appliquant à la SICAV entière, le FDC assure que ses placements soient conformes aux normes internationales telles qu’entérinées dans les dix principes du Pacte mondial des Nations Unies. Le conseil d’administration a également décidé de publier cette année un rapport complet et détaillé sur sa politique d’investisseur responsable, ceci avec l’aide d’un spécialiste externe. Ce rapport, qui sera publié au cours du 2ème semestre 2020, comprendra également une analyse climatique détaillée (risques climatiques, empreinte carbone, alignement COP21, etc.). «Greenpeace a également été informé de ceci en mars 2020», précise le FDC.

Pourtant, rien qu’en 2019, le FDC a investi plus de 256 millions d’euros dans «plusieurs des plus grandes entreprises charbonnières du monde», accuse Greenpeace. S’il n’est pas question pour le FDC d’exclure des secteurs entier, «une part de la réserve, bien que minime, est investi dans les secteurs dans lesquelles les sociétés incriminées par Greenpeace évoluent», indique l’institution. Sur les 256 millions d’euros évoqués par Greenpeace, cela représente seulement 1,20% de la réserve totale confiée au FDC.

«Le gouvernement mène une campagne de greenwashing qui ferme les yeux sur les pratiques du fonds de pension souverain. Les gestionnaires d’actifs du FDC ont toute latitude pour verdir les investissements dans le charbon et le pétrole, ce qui ne rime à rien. Au Luxembourg, les particuliers et les entreprises sont censés agir sur le changement climatique, mais le Fonds de Compensation est autorisé à continuer à se soustraire de toute responsabilité», explique Myrna Koster, chargée de campagne Justice climatique chez Greenpeace Luxembourg.

Le FDC estime être en conformité avec sa mission. Si les investissements dans les secteurs incriminés par Greenpeace augmentent, c’est parce que l’«ensemble des actifs ont augmenté de 40% entre 2015 et 2019, la part des actions a même augmenté de 60% en cette période», se justifie le FDC. Une explication qui ne passe par pour Martina Holbach, chargée de campagne Climat et Finance chez Greenpeace Luxembourg: «Continuer à investir dans les combustibles fossiles en prétendant être “vert” est une insulte au bon sens et incompatible avec le concept d’investissement durable».