LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Dr Anja Leist de l’Université du Luxembourg

La démence est un défi majeur pour nos populations vieillissantes. Si la perspective de repousser l’espérance de vie est tentante, encore faut-il pouvoir vieillir dans de bonnes conditions. Or, la démence et les maladies apparentées comme Alzheimer touchent de plus en plus de personnes âgées. Sans aucun remède à l’heure actuelle, ces maladies dégénératives font peur. L’enfance et le début de l’âge adulte jouent un rôle décisif dans l’établissement des fonctions cognitives qu’un individu utilisera tout au long de sa vie. Toutefois, nous manquons encore d’informations sur la façon dont notre environnement influe de manière systématique sur la réalisation de notre potentiel cognitif. C’est la première mission de l’équipe réunie autour d’Anja Leist. Son projet de recherche CRISP «Cognitive Aging: From Educational Opportunities to Individual Risk Profiles» - vise à fournir des connaissances exhaustives et des techniques permettant d’identifier les facteurs de risque et les individus à risque de développer la démence. Ceci afin que ces personnes puissent bénéficier dès que possible d’interventions comportementales.

Des équipes de chercheurs sont actuellement en train de se pencher sur les facteurs qui pourraient repousser le déclenchement d’une démence. Le Dr Anja Leist, professeure agrégée à l’Institut de recherche sur les inégalités socio-économiques (IRSEI) avec un doctorat en psychologie, explique que «les risques génétiques ne disent pas toute l’histoire». Ainsi, nous ne sommes pas tous égaux devant les risques de démence, mais certains patients avec le même patrimoine génétique arrivent à repousser la maladie, d’autres la déclarent au contraire plus tôt. «Les cerveaux peuvent avoir l’air complètement différents, du cerveau en lui-même aux fonctions cognitives», explique la chercheuse qui a pour but de comparer des études sur le sujet.

L’activité physique comme bénéfique pour le cerveau

Ainsi, l’équipe d’Anja Leist a découvert que les personnes avec un plus haut niveau d’éducation peuvent compenser plus longtemps les prémices de la maladie que les autres. En plus de l’éducation, les études mettent aussi en avant l’activité physique comme bénéfique pour le cerveau: «Il semblerait que l’activité physique puisse repousser l’apparition des symptômes, certaines personnes pourraient même mourir avant de les déclarer. Nous essayons d’avoir des groupes aussi comparables que possible». C’est le but avoué des chercheurs: trouver des moyens de repousser les symptômes pour qu’ils se déclarent le plus tard possible, quitte à ne jamais les déclarer. Une fois que la démence apparait, l’activité physique est toujours bénéfique pour les patients, mais d’une façon moindre. «Chacun devrait impérativement bénéficier d’environnements éducatifs et sociaux favorisant le développement de leur réserve cognitive», poursuit Anja Leist.

Les chercheurs s’appuient pour cela sur une cohorte de données collectées depuis les années 90 dans différents pays. Des patients ont répondu à des questionnaires de santé sur une période de 20 ans pour mesurer un déclin éventuel des capacités cognitives notamment.

Si le niveau d’éducation est déterminant pour ce qui est de la démence, les chercheurs européens et israéliens ont lié leurs données avec celles du reste du monde: «Cela permet de comparer si cela fait une différence entre ceux qui ont une éducation et ceux venant de milieux plus défavorisés», explique la chercheuse. Les études ont même permis de comparer les genres. Là encore, le contexte du pays est déterminant: «Cela dépend du rôle de la femme dans le pays. Plus il s’agit d’un pays où les différences entre hommes et femmes sont grandes, plus les différences d’apparitions des symptômes sont également différentes».

En Finlande, la «Finger study» («Finnish Geriatric Intervention Study to Prevent Cognitive Impairment and Disability») a mis un place un programme de deux ans pour un groupe de volontaires âgés entre 60 et 77 ans. Ces derniers ont suivi une activité physique intense, des avis nutritionnels, un suivi vasculaire ainsi que des tests cognitifs. «Le groupe testé a un moins de déclin que le groupe test de contrôle», explique la chercheuse. «Une bonne hygiène de vie, soit une activité physique et intellectuelle ainsi qu’une bonne alimentation, pourrait retarder l’arrivée des premiers symptômes de démence», résume Anja Leist.