LUXEMBOURG/LIÈGE
CATHERINE KURZAWA

Après la phase à chaud, c’est le froid qui fait les frais de la crise chez ArcelorMittal Liège

Le conseil d’entreprise réuni hier matin a tranché: ArcelorMittal va fermer six lignes à froid et sa cokerie liégeoise. Cette mesure sabre 1.300 emplois dans un des bassins historiques de la sidérurgie en Europe, sans compter les milliers de postes indirects auprès des sous-traitants du groupe.

En 2005, 5.000 métallos exerçaient encore dans le bassin liégeois, après l’âge d’or des années soixante où ils étaient 40.000. Qui plus est, cette zone a déjà frappée il y a un peu plus d’un an par la fermeture de la phase liquide, qui a entraîné la perte de 581 postes.

La direction a justifié sa décision par la mauvaise situation économique que connaît l’Europe, et parce qu’«aucune amélioration n’est prévue à moyen terme». D’une part, la demande d’acier serait de 29% inférieure à son niveau d’avant-crise. Et d’autre part, sur les neuf premiers mois de l’année dernière, le site liégeois a accusé une perte opérationnelle de plus de 200 millions d’euros, justifie le groupe.

Résultat: Arcelor Mittal conserve 800 emplois dans cinq lignes à froid, et souligne la «haute qualité» des produits qui en sortent. Le PDG du site liégeois a exprimé son regret, «particulièrement dans un délai aussi proche de l’annonce de la fermeture de la phase liquide». La direction a annoncé qu’elle lancerait bientôt des discussions avec les représentants syndicaux.

Agenda chamboulé

Outre la colère des ouvriers mis sur le carreau, les réactions n’ont pas manqué de pleuvoir, tout au long de la journée. Le nouveau dirigeant du parti socialiste belge, Paul Magnette, a dénoncé l’attitude d’ArcelorMittal, qui a «véritablement trahi les travailleurs en leur faisant croire depuis des mois que le froid était stratégique». En novembre dernier, le groupe s’est en effet engagé à investir 138 millions d’euros pour cette phase à Liège.

Quant au Premier ministre belge, il a communiqué son soutien aux travailleurs concernés par la restructuration via Twitter. Elio Di Rupo était en effet à Davos, au Sommet économique mondial.

Il a d’ailleurs annulé son déplacement suivant, au sommet EU-CELAC au Chili, afin de rentrer dès jeudi soir en Belgique et d’y rencontrer le gouvernement wallon, actionnaire minoritaire d’ArcelorMittal. Mais avant cela, Elio Di Rupo a rencontré Lakshmi Mittal, lui aussi présent à Davos. Ce dernier a affirmé qu’il ne reviendrait pas sur sa décision, prise deux jours plus tôt.

Cette présence belge en Suisse aura au final eu une touche assez surréaliste. Hier matin, pendant que les métallos liégeois recevaient une véritable claque en apprenant que 1.300 emplois seraient supprimés, Elio Di Rupo, lui, assistait au «Belgian power breakfast» à Davos où il a d’ailleurs prononcé un discours vantant l’amélioration de la situation économique du Plat-Pays.