LUXEMBURG
LJ
Lëtzebuerger Journal

Yves Ravey
Pas dupe

Tippi Meyer est morte, retrouvée dans sa voiture de sport au fond d’un ravin de Californie, de l’alcool dans le sang. Accident, suicide ou meurtre? L’inspecteur Costa hésite. L’intrigue policière est compacte: moins de 150 pages et une poignée de personnages, dont trois avec un mobile potentiel. Salvatore, le narrateur et mari de Tippi, savait qu’elle avait des amants, dont un, Kowalzky, qu’elle faisait peut-être chanter. Ce dernier, qui est assureur, avait établi le contrat d’assurance-vie de Tippi, dont l’argent reviendra à Bruce Cazale, le père de celle-ci, qui occupe l’étage de la maison du couple. Bruce dirige une entreprise où le narrateur est employé. Le nœud est serré, mais l’inspecteur mène l’enquête sans se presser, et met au jour, avec nonchalance, les zones d’ombres que les personnages voudraient masquer. Bien que dénué de psychologie – les personnages paraissent froids, sans émotion –, ce roman noir souligne que l’intimité est illusoire. Chacun semble connaître les secrets des autres, mal cachés derrière les façades immaculées (villas avec piscine, fêtes, belles voitures). Mené de fausse piste en fausse piste, ne disposant pas des informations essentielles, le lecteur doute, mais l’inspecteur tisse patiemment sa toile qui piégera le coupable. Un roman qui se lit d’une traite. (JULIEN JEUSETTE)

Les Éditions de Minuit, 144 pages, 14,50 euros

Valeria Luiselli    

Lost Children Archive

A  patchwork family travel from New York to Arizona, ostensibly to document the plight of migrant children at the US-Mexico border and look for traces of the Apaches who once lived there. However, present and past crises in the Sonoran Desert only ever form the background of this novel that explores the multifarious relationships between children and adults as well as the ways that their stories can be told. “Lost Children Archive” – Mexican author Valeria Luiselli’s third novel, her first in English – takes the form of an archive itself. It interweaves several narrative voices, numerous quotations and allusions, photographs and, in a way, even sound and music in its retelling of the quintessential American road trip. Luiselli’s couple is in the process of breaking up, and their son and daughter from previous marriages know it. As they approach the borderlands that have seen so many unaccompanied and undocumented minors die in their attempt to reach relatives in the US, the novel slowly erects an intricate tribute to all those children who have “lost the right to a childhood”.    (JEFF THOSS)

Harper Collins, 385 pages, 12,99 euros


Juan S. Guse

Miami Punk

Ü ber Nacht ist vor Miami der Ozean verschwunden. Gestrandete Kreuzfahrt- und Kriegsschiffe rosten vor sich hin, der Hafen liegt am Boden, die Hotels verfallen und die bunte Dauerwerbeindustrie stellt den Betrieb ein. Vor Miami Beach breitet sich eine endlose Wüste aus, fern am Horizont das schroffe Gebirge der Bahamas. Die Stadt ist ihres Sinns beraubt, mit einem Schnipp, aber irgendwie geht das Leben weiter. Juan Guse schickt in „Miami Punk“, seinem ambitionierten und auch ein wenig größenwahnsinnigen Roman, eine bunte Truppe von Protagonisten auf die Suche nach Erklärung, Halt und Rettung: unter anderem eine gefeierte Indie-Game-Entwicklerin, eine strauchelnde Arbeiterfamilie, eine obskure Sekte und eine E-Sport-Mannschaft aus Wuppertal. „Ich habe viel von David Foster Wallace gelernt“, bekennt Juan S. Guse und macht doch sein ganz eigenes Ding. „Miami Punk“ steckt voller absurder Ideen, abgründiger Kulissen, und gleichermaßen tieftrauriger wie urkomischer Figuren. Wie ein aberwitziges Computerspiel intensiviert und überspitzt der Roman unsere Realität, behandelt den gegenwärtigen Status von Macht und Herrschaft und die Bedeutung von Arbeit und Alltag. Das Besondere: bei aller Klaustrophobie, Verzweiflung und Ausweglosigkeit steckt in „Miami Punk“ doch viel Hoffnung und Liebe. (JOCHEN KIENBAUM)

S. Fischer, 640 Seiten, 26 Euro

Lëtzebuerger Journal

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, a beau être, avec Marcel Proust, la plus grande voix du roman français de la première moitié du XXe siècle, il n’en continue pas moins à être traité, à cause de ses exécrables pamphlets antisémites, comme un pestiféré par le gros de la critique littéraire hexagonale. Or personne ou presque n’ose s’attaquer directement à son écriture et, plus particulièrement, au chef d’œuvre qu’est son Voyage au bout de la nuit. Nous avons là ce que les Allemands appellent un «Bildungsroman», un roman d’apprentissage donc, où Céline, via son personnage Bardamu, décrit son voyage à l’assaut de la cruauté d’un monde qui ne lui épargne aucune descente aux enfers. L’enfer de la guerre de Quatorze, l’enfer de la jungle africaine (il est intéressant de comparer cette partie-là avec Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad), l’enfer américain des Ford et du dieu Dollar, l’enfer social en France que son statut de médecin lui permet de radiographier dans le moindre détail. L’essentiel du roman réside cependant dans la révolution qu’il apporte dans l’écriture romanesque. Céline est tout d’abord l’inventeur avant la lettre de l’autofiction qui fait tant recette aujourd’hui. Le «Moi je» que l’on retrouve dès la deuxième phrase, après l’étonnant incipit  («Ça a débuté comme ça. Moi j’avais jamais rien dit»), en donne le ton. Mais cet incipit annonce une autre chose essentielle. La répétition du «ça» et l’omission du «ne» dans la négation nous font entrer dans «l’autre langue». Celle qui fait mine d’être parlée, mais est bel et bien écrite. Céline s’éloigne ainsi de ce qu’il appelle «le beau style» du «langage académique» en vigueur jusque-là, un langage jugé sec. Pour «forcer les phrases à sortir légèrement de leur signification.» Et les déplacer un tantinet, pas trop, forçant «ainsi le lecteur à lui-même déplacer son sens». Parce qu’il ne s’agit plus seulement de «narrer» mais de «faire ressentir». De «retrouver, écrit-il dans ses Entretiens avec le professeur Y,  l’émotion du “parlé“ à travers “l’écrit“». (JEAN PORTANTE)

Folio, 505 pages, 10,20 euros