CLAUDE BIZJAK

Presque 30 ans après l’instauration de la libre circulation de biens et de services, l’Union européenne tente de faire tomber les frontières du marché digital. Quels sont les enjeux pour le Luxembourg? L'analyse par Claude Bizjak, Membre de la direction de la clc.

„C’est comme avant l’euro“ se plaint un e-commerçant luxembourgeois qui souhaite développer sa boutique en ligne au-delà des frontières luxembourgeoises; 28 législations divergentes en matière de droit du consommateur, de TVA, de labels à respecter, de taxes, etc. Une panoplie de règles quasi impossible à appliquer. Les e-commerçants luxembourgeois, face à un marché national très limité, ont ainsi un champ d’action restreint.

Le secteur des télécommunications donne une image similaire: le cadre européen, visant l’abolition des monopoles étatiques, a permis de créer un certain niveau de concurrence au niveau national; ce marché reste cependant encore très fortement fragmenté au niveau européen. Les tentatives d’expansion transfrontalières sont étouffées par les législations nationales divergentes en place et demeurent infructueuses quant à de possibles synergies et des économies d‘échelle.

Ceci ne sont que deux exemples, bien que très représentatifs, de barrières que la stratégie DSM (Digital Single Market) tente de pallier. Les enjeux sont capitaux pour notre petit pays.

Le Luxembourg lésé

Au niveau de l’e-commerce, le Luxembourg est largement lésé par la fragmentation „digitale“ du marché européen et bien même que les résidents luxembourgeois soient des plus actifs (accès internet et achats en ligne). En fin de compte, très peu de ces ventes sont réalisées auprès d’un e-commerçant luxembourgeois, l’offre en ligne au Luxembourg restant très limitée - seulement 4% des entreprises proposent leurs biens en ligne. Au vu de ceci, il est évident que le Luxembourg profitera clairement d’une harmonisation des règles et législations applicables au commerce en ligne.

Au niveau des télécommunications, la vision du président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, suscite moins d’enthousiasme auprès de certains acteurs locaux: „I want to see pan-continental telecoms networks, digital services that cross borders and a wave of innovative European start-ups“. Dans ce nouveau monde, quel serait la place des opérateurs luxembourgeois? En vue de pouvoir „jouer dans la cour des grands“ il faudra être capable de mobiliser des capacités d’investissement énormes et aussi prendre en compte que le marché luxembourgeois s’ouvrira plus largement à la concurrence internationale, deux facteurs à ne pas prendre à la légère.

Pour le Luxembourg, le DSM représente ainsi un double tranchant complexe, opportunités vs. risques. Nous ne pourrons pas faire du „cherry picking“ dans le catalogue des propositions de la Commission européenne. Ce sera „tout“ car le „rien“ n’est pas une option, ni d’un point de vue politique, ni d’un point de vue économique.“

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CLC - 22% du PIB

Conformément à ses statuts, la clc (confédération luxembourgeoise du commerce) a pour objet et pour but la défense des intérêts professionnels, matériels et moraux de ses membres et de la profession de commerçant, de transporteur et de prestataire de services en général, tant sur le plan national que sur le plan international, ainsi que l’extension et le perfectionnement des institutions de ces professions. Les secteurs couverts par la clc représentent plus de 22% du PIB national, 11.000 entreprises employant plus de 60.000 salariés.

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