LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

Critique cinéma: «Parasite» de Bong Joon ho

Parasite» de Bong Joon ho, avec sa première Palme d’or pour la Corée du Sud et son immense succès en salles (près de 1,5 millions de spectateurs en France), a écrit une page importante dans l’histoire du Festival de Cannes. Jamais une Palme d’or n’avait obtenu l’unanimité entre le jury, la presse et le public.

Avec Kim Ki-Duk, Lee Chang-dong et Park Chan-wook, Bong Joon ho est le réalisateur Sud-Coréen le plus populaire en Europe. Ses œuvres tels que «Snowpiercer» ou plus récemment «Okja», présenté il y a deux ans au Festival de Cannes, n’étaient pas passées inaperçues.

La mise en scène est un personnage à part entière

La force du cinéma de Bong Joon ho est tout d’abord le mélange des genres. Ensuite, l’art de nous divertir tout en délivrant des messages forts comme l’analyse sociale et politique de la société ou écologique comme dans «Okja».

D’un côté, nous avons la famille Ki-Taek. Ils sont tous au chômage et sont prêts à tout pour améliorer leur quotidien. D’un autre côté, il y a la famille Park qui ne connait pas le montant total de leur fortune. Un jour, le fils de la famille Ki-Taek réussit à se faire recommander pour donner des cours d’anglais chez les Park. La famille Ki-Taek voit alors une porte qui s’ouvre vers un monde meilleur pour eux. Mais tout ne se passera pas comme prévu.

Avec «Parasite», la mise en scène maîtrisée de bout en bout est un personnage à part entière, le scénario est d’une force incroyable manipulant à merveille le spectateur, qui est à cent lieues de s’imaginer ce que sera la suite de l’histoire. On aime également l’aspect social décrit dans le film. L’air de rien, le réalisateur fait le procès de son pays où la fracture sociale est de plus en plus importante, où les riches sont scandaleusement riches, ou les pauvres sont scandaleusement pauvres.

Le tout est démontré par des symboliques de l’image forte comme la scène où le fils de la maison Park qui décide d’aller dormir dehors dans sa tente d’indien. A ce moment, une forte pluie s’abat sur la ville. La mère est inquiète à l’idée de voir son fils dormir dehors sous cette pluie.

Mais le père la rassure en ces mots: «Ne t’inquiète pas, la tente est imperméable, je l’ai achetée en Amérique!». Au même moment et en montage parallèle, la famille de M. Kim est en train de se battre contre l’inondation qui envahit leur appartement situé en sous-sol.

Autre moment fort de ces symboliques de l’image souvent utilisées par Boong Joon Ho, c’est lorsque la maîtresse de maison va dans son immense dressing et ne sait pas quel vêtement choisir alors que pendant ce temps, des Coréens, victimes de cette forte pluie qui a inondé une grande partie du quartier pauvre de la ville, se sont réfugiés dans un gymnase et à qui on distribue des vêtements parce qu’ils ont tout perdu.

Palme d’or méritée

On dit que la perfection n’est pas de ce monde. Avec «Parasite», Bong Joon ho l’a frôlée à tel point que l’on se demande s’il ne l’a pas quand même touchée.

Les acteurs sont formidables, le thriller haletant, la mise en scène brillante, un humour noir habile et jouissif, une forme de narration peu conventionnelle, un mélange efficace de satire sociale, d’action et de suspense, une fin inattendue et forte en émotion.

Que demander de plus? Que dire de plus si ce n’est que la Palme d’or est amplement méritée? «Parasite» de Bong Joon ho est incontestablement un film à hisser au rang de chef d’œuvre.