LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La faillite de la banque Landsbanki en 2008 n’est toujours pas réglée

C’est un drôle d’anniversaire que voulait marquer hier Maître Rosario Grasso et sa cliente, Maître Yvette Hamilius, la liquidatrice pour le volet pénal au Luxembourg de la banque islandaise Landsbanki. La faillite de Landsbanki Luxembourg et de sa maison-mère en 2008 avait créé l’émoi dans le pays.

En dix ans de procédures, la liquidatrice a réussi à faire récupérer aux créanciers 2,2 milliards d’euros, sur le passif de 2,5 milliards d’euros à l’ouverture de la liquidation. La Banque centrale de Luxembourg a également pu récupérer l’intégralité des montants des prêts qu’elle avait accordés à Landsbanki Luxembourg. Au final, «cette liquidation n’a pas coûté et ne coûtera pas un seul Euro à l’Etat luxembourgeois», affirme Maître Rosario Grasso.

Reste les emprunteurs, dont l’emprunt courait encore au moment de la faillite de la banque. Ces derniers ont en effet essayé d’effacer leurs dettes. A ce jour, la liquidatrice a conclu 170 transactions, mais certains emprunteurs ont tenté de discréditer Maître Hamilius par différentes procédures, toutes déboutées par la justice française : «Ils ont porté plainte au pénal pour bloquer la procédure au civil. Mais les juges sont formels, la liquidatrice a fait de son mieux, dans le cadre de la mission qui lui a été confiée. Elle a agi de façon diligente, aucun reproche ne peut lui être fait», martèle Maître Grasso.

Gagner du temps pour éviter de devoir rembourser les prêts contractés

Avec 188 plaintes d’emprunteurs à son encontre en 2012, sans compter celle d’Enrico Macias qui a été particulièrement médiatisée, la liquidatrice de Landsbanki a essuyé menaces à son encontre et un groupe sur les réseaux sociaux particulièrement virulent. Pourtant, une vingtaine de plaignants a déjà transigé avec elle pour arriver un accord depuis 2012. Pour les autres, il s’agit de gagner du temps pour éviter de devoir rembourser les prêts contractés. Un mauvais calcul, selon Yvette Hamilius: «Les intérêts continuent de courir quoiqu’il arrive, et après plusieurs années cela commence à chiffrer. Certains qui avaient souscrit un prêt d’un million en ont maintenant deux à rembourser».

Entre 2008 et 2015, Yvette Hamilius travaillait sur la liquidation à plein temps, depuis 2015, elle n’y passe «plus que quatre heures par jour». Mais les menaces et les plaintes l’ont quand même affecté : «C’était trop, maintenant ça suffit, je voulais mettre à nu ces gens-là. On m’a reproché par le passé de ne pas assez collaborer avec la presse. Je m’étais tue car, quoique je dise, la presse écrivait n’importe quoi. Mais ce temps est révolu», d’où une plainte avec constitution de partie civile de la liquidatrice en France, en septembre dernier. Comme par magie, les menaces ont cessé et le groupe sur Facebook a disparu également. «Il fallait réagir, car c’est la première fois que l’on enregistre des plaintes sur un curateur qui fait son travail», explique Maître Grasso.

Après dix ans, et avec «seulement» 300 millions d’euros qui manquent aux créanciers, Yvette Hamilius a toujours des comptes à rendre à la maison mère de Landsbanki, en Islande : «C’est le seul créancier qui reste, et ils me demandent des comptes tous les trois mois. Vu d’Islande, ils ont du mal à comprendre que les plaintes au pénal ont ralenti toute la procédure». Pourtant, les 4000 déposants de la banque ont été remboursés, et la moitié des emprunteurs français de ces prêts «Equity Release» (Voir encadré) ont des résidences secondaires, «ce n’est pas monsieur et madame tout le monde», estime Maître Grasso.

Après dix ans, c’est le sentiment du travail accompli qui prédomine, malgré les attaques des emprunteurs. «Après seulement trois ans et demi, j’ai eu de beaux résultats pour les créanciers», estime Maître Hamilius. Cette affaire hors norme sera sans doute la dernière de cette envergure pour cette avocate de 65 ans. Car même si elle arrivait prochainement à clôturer cette liquidation, elle sera encore redevable pendant les cinq années suivantes en cas d’erreur de sa part. «Je pense que pour ce genre de liquidation, je ferai place à la jeune génération», estime t-elle