ROBERT L. PHILIPPART

Le tourisme est en deuil

Avec la disparition du Dr Raymond Frisch, le 18 février 2018, un chapitre se clôt dans l’histoire du tourisme luxembourgeois. Issu du milieu d’hôtellerie, Raymond Frisch, né le 15 septembre 1923, fut dès sa jeunesse sensible aux questions du tourisme. Il connaissait tant les besoins de la population autochtone que ceux des nombreux visiteurs de sa cité natale.

48 ans d’engagement à l’ONT

Lorsqu’en 1981 le Dr Raymond Frisch est élu bourgmestre, il pouvait compter sur une expérience solide de la fonction communale aux côtés de l’ancien bourgmestre, Vic Abens. Déjà en 1952, le jeune médecin vétérinaire formé à Bruxelles, était élu au Conseil communal.

Ce fut à cette époque qu’il était également élu membre du Conseil d’Administration de l’Office National du Tourisme (ONT), auquel il siégeait, sans interruption jusqu’en 1999.

Dès son élection au poste de bourgmestre, Raymond Frisch s’est fait élire avec succès également président de l’ONT, fonction qu’il assumera jusqu’à la fin de son mandat en mars 2000.

Le Grand-Duc l’élevait aussitôt au plus haut rang des distinctions, le nouveau Conseil de l’ONT lui conféra le titre de «Président honoraire de l’ONT». 48 ans le liaient à cette vénérable institution relayée aujourd’hui par «Luxembourg for Tourism»!

Valoriser le bénévolat

En tant que président du Syndicat d’Initiative et du tourisme de Vianden - une fonction qu’il occupait pendant 30 ans - il avait milité pour une ouverture de l’ONT aux syndicats. Ceux-ci pouvaient enfin devenir membre à partir de 1966. L’apport du bénévolat n’était pas seulement reconnu, mais aussi entendu.

A son départ, en 2000, l’ONT comptait plus de 185 institutions et associations touristiques, dont la majorité était constituée de communes.

L’ancienne «Union des villes et centres touristiques» des années 1930 s’est muée, grâce à un engagement sans faille, en un organisme à représentativité nationale.

Notons en marge, que Raymond Frisch, avait convaincu Fernande Molitor, Présidente du Syndicat d’Initiative de Diekirch à se porter candidate aux élections au Conseil d’Administration de l’ONT. Chose réussie en 1967. Elle fut la première femme à siéger au Conseil d’Administration.

Stimuler l’évolution

Son attachement à Vianden, à sa région et la promotion de celle-ci dans le monde témoignent d’un attachement profond pour la société.

Se portant candidat aux élections de 1984 pour le DP, il était prêt à donner son meilleur, avec tout le doigté, la droiture et l’intégrité qu’on lui connaissait.

Ce fut en 1988 que Raymond Frisch prit l’initiative de redynamiser le tourisme en convoquant un colloque «Les orientations futures du tourisme luxembourgeois», dont la publication des actes inspira le Ministre du Tourisme, Fernand Boden, de charger l’«Europäisches Tourismus Institut» «à faire une étude SWOT du secteur touristique». S’ensuivit le «Touristisches Marketingkonzept» publié en 1993. S’en suivaient les discussions sur la création des Offices Régionaux du Tourisme.

La fonction de conseiller, échevin et bourgmestre, l’avait pleinement sensibilisé à l’investissement public au profit du secteur privé.

Avec fermeté il défendait cette réalité dans les nombreuses discussions sur le financement du tourisme luxembourgeois.

Actioun Nordstrooss et Axylane

Raymond Frisch avait aussi compris que l’économie ne peut se développer que si ses services sont accessibles aux consommateurs.

En tant que Président de l’Actioun Nordstrooss, il militait en 1992 pour le désenclavement géographique des Ardennes et leur raccordement au réseau autoroutier international.

Sur le plan du marketing touristique, ce fut lui, qui introduit, avec le soutien du Ministère du Tourisme, en 1996 un système de bornes interactives dit «Axylane», placées à des points névralgiques à haut passage, permettant le recueil numérique d’informations touristiques et permettant la réservation auprès des hôtels et des campings. Il introduit également la promotion ciblée par groupes d’intérêt : touristes culturels, sportifs, amis de la nature.

Témoin des années de guerre

Il est également important de rappeler que Raymond Frisch était conscient du devoir de mémoire de sa génération, pour la période difficile que représentent les années de guerre.

Après sa publication sur la L.P.L «Lëtzbuerger Patriote Liga» à Vianden (1998), il publiait en novembre dernier une dernière contribution sur ces années «Etappen einer Flucht»dans l’ouvrage «2017 - Ous der Veiner Geschicht».

Tous ceux qui l’ont croisé au cours de leur vie gardent aussi le souvenir d’un grand connaisseur d’art, ou peut-être celui d’un conducteur de voiture inlassable, mais certainement d’un homme pleinement dévoué au bien-être commun et à la prospérité sociale.