LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

L’Institut Grand-Ducal fête ses 150 ans - Le président Paul Dostert revient sur l’histoire de l’institution

Paul Dostert est impatient. Impatient surtout de voir enfin concrétisé un point du règlement organique de l’Institut Grand-Ducal de 1868: la mise à disposition d’un espace pour abriter bibliothèques et collections de l’Institut dans un bâtiment fourni par l’Etat. Voici que ce vœu, formulé à maintes reprises par différentes Sections est en passe d’être exaucé: l’Institut aura un espace commun et un accès séparé au sein du nouveau bâtiment de la Bibliothèque Nationale au Kirchberg qui devrait ouvrir ses portes avant l’été 2019.

«Nous n’avons pas besoin de centaines de mètres carrés, mais d’un bureau dans lequel on pourra décemment travailler», explique le président de l’Institut, également à la tête de la doyenne des Sections, la Section historique. L’historien, fonctionnaire à la retraite, est aussi content que la bibliothèque de sa Section trouve enfin les conditions qu’elle mérite.

Un patrimoine à valoriser

«La Section historique est un peu particulière car elle dispose avec quelque 1.250 ouvrages de bibliothèque la plus importante parmi les Sections de l’Institut», renseigne le spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale. Parmi les ouvrages, 700 livres uniques, dont le plus ancien date de 1509. Ils sont prêtés sur demande, mais pas encore versés dans le catalogue collectif ALEPH utilisé par nombre de bibliothèques.

Ce patrimoine, appelé à s’enrichir par des dons particuliers, voire des acquisitions, était entreposé jusqu’ici dans des caisses à la Villa Pauly, où Paul Dostert dirigeait entre 2003 et 2016 le Centre de documentation et de recherche sur la Résistance. Les ouvrages sont à présent nettoyés et apprêtés pour qu’ils puissent intégrer les nouveaux locaux de la Bibliothèque Nationale. Mais encore faut-il les inventorier et cataloguer, les digitaliser ensuite. Des travaux fastidieux que l’on ne peut confier simplement à un ordinateur: il faut des spécialistes pour s’en occuper. Ce qui génère donc des frais. Et ce n’est pas avec la participation de l’Etat aux frais de fonctionnement pour l’Institut Grand-Ducal - une enveloppe de 80.000 euros - que cela suffira. La Section historique, de même que les autres sections, doivent donc faire appel à des mécènes pour couvrir les dépenses. Pour le reste, «tout fonctionne avec du bénévolat », souligne Dostert, qui espère obtenir un poste de secrétariat dans les nouveaux locaux à la Bibliothèque Nationale.

D’autant plus que les exigences au niveau de la comptabilité sont devenues plus pointues. Une des raisons d’ailleurs, selon Dostert, qui ont rendues nécessaire une refonte de la loi sur l’IGD en décembre dernier, clarifiant le statut d’un Institut qui ne correspondait avant ni à une asbl, ni à une fondation, ni à un établissement public, avec toutes les insécurités juridiques liées.

Institut et Uni: des finalités différentes

L’Institut, c’était longtemps le seul à montrer à l’extérieur qu’il y avait, au petit Grand-Duché aussi, des activités scientifiques. «C’était un peu du «nation branding» avant la lettre», dit Paul Dostert. Et d’ailleurs l’IGD, qui aux termes de la loi «a pour objet de cultiver les sciences, les lettres et les arts et de contribuer au rayonnement de la production intellectuelle sur les plans national et international», poursuit dans la lignée des fondateurs. Il possède ainsi un vaste réseau de contacts scientifiques international dont les membres peuvent devenir ambassadeurs du paysage scientifique luxembourgeois. Ce dernier s’est transformé évidemment, notamment avec le développement de centres de recherche publics et la fondation, en 2003, de l’Université du Luxembourg.

«90 à 95 pourcent des pères de l’Université sont membres de l’Institut», précise Paul Dostert qui ne voit pas de concurrence entre l’Institut et l’Uni, les finalités étant différentes. Il pointe aussi que les sociétés scientifiques continuent bel et bien d’exister également dans des pays à longue tradition universitaire. Or, toutes feraient face à des financements de plus en plus tendus.

Une condition pour rassembler davantage de soutiens est évidemment aussi une plus grande visibilité. Les Sections de l’Institut, qui produisent une série de publications et organisent des conférences grand public aussi, réfléchissent depuis longtemps à la bonne formule pour mieux s’ancrer dans les consciences. Récemment, une étape importante a été franchie par la modernisation de leurs présences sur le Web. On y trouve une mine d’informations appelée à s’enrichir au fur et à mesure - et à être au faîte de l’actualité.

Institut Grand-Ducal de Luxembourg: Comment devienton membre de l’Institut Grand-Ducal?

Deux parrains, une majorité

Dans la plupart des sections, le nombre de membres effectifs est déterminé. S’il y a une place de libre, deux membres peuvent proposer une personnalité pour admission. Cette personnalité, qui, aux termes de la loi, «doit justifier de travaux scientifiques, culturels ou artistiques significatifs», doit alors obtenir le feu vert de deux tiers des membres effectifs dans un vote secret, voire une majorité absolue. Selon la loi de décembre 2017, seuls les membres effectifs des Sections sont considérés et désignés comme membres de l’Institut. Leur nombre maximal est fixé à 50. Les membres honoraires sont des scientifiques étrangers qui sont proposés selon le même système. Et puis il y a les membres correspondants ou «agrégés». Il n’y a pas de limitation quant à ces deux derniers types de membres.